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ABSURDITÉ DU SYSTÈME CATHOLIQUE LIBÉRAL

Le vice radical des catholiques libéraux est Fincohérence. Cela ressort de ce qui a été dit jusqu'ici, car si le libéralisme même entendu au sens modéré est une doctrine hétérodoxe, il y a évidente et solennelle contradiction à vouloir y adhérer et faire en même temps profession d'orthodoxie. Les catholiques libéraux rejettent le manichéisme en principe, mais ils l'approuvent en pratique; ils l'écartent de la cause, mais ils l'introduisent dans l'effet. Ce qu'il ne sera pas mauvais d'éclaircir un peu plus au long.

Et d'abord leur incohérence apparaît en ce qu'ils veulent faire abstraction des principes qu'ils appellent injurieusement des principes abstraits.

Mais ces principes sont-ils vrais, oui ou non? Nier qu'ils le soient, ils ne le peuvent pas, à moins de renoncer au catholicisme, puisqu'en dernière analyse ces principes se réduisent à des vérités de foi, telles que celles-ci : l'ordre naturel doit être subordonné à l'ordre surnaturel, la nature à la grâce, la vie présente à la vie future. Et puisque ces vérités ne le sont pas pour l'individu seulement, mais pour l'homme en quelqu'état qu'il soit, on voit d'ici la conséquence qui en résulte pour ce qui regarde l'ordre social. Les libéraux catholiques (au moins le plus grand nombre) admettent cette conséquence prise en soi, seulement ils n'en veulent pas l'application.

Mais grand Dieu! est-ce que ce ne sont pas des vérités pratiques, c'est-à-dire destinées à régler nos actes? Et peut-on sans incohérence admettre une vérité destinée à régler nos actes, et ne vouloir pas qu'elle en vienne à les

régler en effet ?

Les circonstances le défendent, reprennent-ils. Ceci est une autre affaire. Si telle est vraiment la considération qui vous fait agir, tenez-vous-y. Distinguez, comme on l'a dit heureusement, la thèse de l'hypothèse. Dites hautement que l'alliance de l'Etat avec l'Eglise, et par suite l'harmonie entre les deux pouvoirs est nécessaire en soi et imposée par le plan de Dieu, mais que par malheur le monde actuel n'en veut rien savoir. Louez donc l'alliance et déplorez l'aveuglement et la malice du inonde. Mais ce n'est pas ce que vous faites. Au contraire, vous conseillez à l'Eglise de rompre par sa propre initiative toute attache avec l'Etat, de ne prétendre à aucune ingérence dans ses affaires, de rentrer dans les limites de l'ordre purement spirituel ; et vous apportez pour raison que l'Eglise en aura

plus d'avantage !

En quoi nous voyons une nouvelle contradiction. Comment, en effet, peut-il être plus avantageux de faire l'opposé de ce qui est dans le plan divin? Ou il faut nier que

l'accord de l'Eglise et de l'Etat soit voulu de Dieu (et alors nous voilà de nouveau à la négation des principes), ou il faut soutenir qu'il est plus avantageux à l'Eglise et à l'Etat de mettre à exécution le plan divin , v et que ne pouvoir le faire en des circonstances données, c'est un mal qu'on peut déplorer, mais qu'on ne doit jamais louer et beaucoup moins conseiller.

Mais que de maux l'Eglise a eu à souffrir de la part des princes qui se faisaient ses protecteurs ! Qu'on se rappelle ses luttes avec les empereurs de Byzance , les Césars d'Allemagne, les rois de France, d'Espagne et les autres ! Fort bien ; tel est le lieu commun qu'on ne se lasse pas d'invoquer. Mais que prouve-t-il? Une seule chose : les efforts de l'homme dépravé pour corrompre l'œuvre de Dieu. Mais parce que l'homme essaie de corrompre l'œuvre de Dieu, faut-il pour cela la méconnaître ou l'abandonner? D'abord l'objection que l'on fait pèche par incomplète énumération, elle ne regarde en effet que le mal et ne voit pas le bien ; elle ne rapporte que les maux mêlés au bien, et ne parle pas des biens considérables qui demeuraient et couvraient le mal. Si parfois la protection des princes dégénérait en oppression, le plus souvent elle était une aide et un appui pour l'Eglise. Ensuite l'objection pèche par défaut de comparaison. Car s'il s'agissait de peser les maux que les princes firent souffrir à l'Eglise et ceux que les libéraux sont en train de lui faire souffrir, nous ne savons trop de quel côté pencherait la balance. Ne parlons pas de l'Italie où le système politique est le libéralisme absolu ; n'avons-nous pas quelqu'autre pays où le libéralisme implanté par une majorité catholique paraît avoir tous ces tempéraments, toutes ces prudentes réserves qui doivent en assurer le prétendu bienfait, et où malgré cela l'Eglise reçoit de si graves blessures qu'on ne sait où elles aboutiront dans un avenir plus ou moins prochain ? Enfin l'argument pèche par fausse consé-

quence. En effet, de ce que des abus s'introduisent dans un système nécessaire en soi et prescrit de Dieu, il s'ensuit uniquement qu'on doit tout faire pour séparer le bien du mal, mais nullement qu'on doit les rejeter l'un et l'autre pour se tourner vers un autre système criminel en soi et contraire au plan divin.

Cette dernière chose, disent-ils enfin, encore qu'elle soit désirable, n'est plus possible; le siècle y répugne, et s'obstiner à la soutenir n'aboutirait qu'à irriter les esprits et à augmenter leur aversion pour l'Eglise. Il y aura plus de prudence à faire, comme on dit vulgairement, de nécessité vertu, et, en acceptant un état de choses que nous ne pouvons faire disparaître, à empêcher une ruine totale. Tel est le raisonnement capital des adversaires. Seulement de cette manière, les catholiques libéraux tombent, à notre idée, dans une incohérence sans pareille puisqu'ils sortent complètement de la question. Il ne s'agit pas ici de savoir si, la mauvaise volonté du monde étant posée, on doit patienter et essayer d'en tirer le meilleur parti possible, mais il s'agit de savoir s'il convient d'approuver une condition sociale pareille et de la soutenir de ses efforts. Dans les trois premiers siècles aussi , l'Eglise persécutée dut vivre comme elle put, mais était-ce pour cela un état de choses à glorifier et devait-on travailler à le rendre durable? Nous savons bien que le monde est malade et qu'il court à sa perte en furieux. Mais c'est justement pour cela qu'il faut le guérir, et par la persuasion et par des actes l'amener à réfléchir. Favoriser en ce cas-là ses volontés, flatter ses folles visées, c'est le trahir. Que diriez-vous d'un médecin qui, pour ne pas irriter son malade, laisserait envenimer ses plaies? Vous l'accuseriez de pitié cruelle et malavisée. Et si ce médecin soutenait en outre que ce régime, mortel d'après les règles de l'art, est néanmoins salutaire en pratique, attendu la volonté du malade, ne croiriez-vous pas qu'il a perdu le sens?

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