LE VRAI MOTIF EST L'IMPIÉTÉ
Dans le psaume soixante-treizième qui a pour titre Psaume d'intelligence, le prophète parle d'une génération ennemie de Dieu, dont l'audace va toujours croissant (1). Il décrit les œuvres impies de cette génération, le renversement et la profanation qu'elle fait du sanctuaire (2). Loin de rougir de leurs sacrilèges, ils s'en vantent comme
(1) Superbia eorum qui te oderunt ascendit semper. Ps. lxxiii, 23.
(2) Incendenmt igni sanctuarium ,tuwn ; in terra pollue runt tabernaculum nominis tut. Ibid. 7.
d'une chose glorieuse au milieu même des fêtes de Dieu (1). Or l'un des plus tristes desseins que le prophète attribue à cette race scélérate est de faire disparaître, d'exterminer de dessus la terre tous les jours consacrés au culte de Dieu (2).
Les défenseurs du naturalisme politique nous semblent figurés par cette race. Leur vœu principal est l'abolition des jours de fête. Ils veulent écarter de la société toute idée de Dieu. A cela les excite le diable, dont ils sont les ministres; à cela les pousse fatalement l'horreur qu'ils éprouvent au souvenir de ce tout-puissant vengeur de leurs crimes, qui est l'éternel juge. Mais comment y réussir, tant que subsistent les fêtes publiques, affirmation solennelle d'un Dieu providence et rémunérateur? Qu'on applique donc son génie à extirper de la société ces fêtes ; et rien ne conduit mieux à ce but satanique, que la confusion du jour de fête avec le jour de travail. Ainsi la fête disparaîtra au moins de l'ordre public; elle ne restera guère plus que dans l'ordre purement privé pour le passetemps des dévots et des simples. Tel est leur discours.
Le Souverain Pontife a découvert la vraie racine du mal : et il la dénonce comme la cause qui pousse les politiques à vouloir abolir les lois prohibitives du travail les jours de fête: c'est l'impiété, impie pronunciant. Ce n'est pas l'économie publique, comme ils vont le répétant pour se masquer. Nous avons vu que cette science, si elle veut être digne de l'homme, ne peut avoir pour but exclusif la richesse, sans nul rapport à la morab. Nous avons vu en outre que le repos des jours de fête entendu au sens de l'Eglise vaut mieux pour la multiplication du travail et la garantie du bien-être de l'ouvrier que l'emploi de ce même
(1) Et gloriati sunt, qui oderunt te, in medio solemnitatis tnœ. Ibid. 4.
(2) Dixerunt in corde suo cognatio eorum simul : quiescere faciamus omnes diet. festos Dei a terra. Ibid. 8.
jour à des œuvres corporelles. Si donc ces braves étaient animés parle zèle du vrai bien des peuples, même de leur bien matériel, au lieu d'engager l'ouvrier à travailler les jours de fête, ils penseraient plutôt aux moyens de l'amener à les passer religieusement pour l'amélioration de ses mœurs. Mais leur but est bien différent. Ils visent à matérialiser la société et par conséquent ils veulent que toute idée du ciel en soit bannie. Réussiront-ils dans leur perfide dessein? Ah! ne livrez pas aux bêtes, Seigneur, les âmes des peuples qui confessent votre nom (1). C'est la prière du. prophète dans le psaume cité, c'est aussi la nôtre. Les matèrialisateurs de la société sont désignés à bon droit par le nom de bêtes, parce qu'ils asservissent la raison au caprice, ne voient dans l'homme que chair, et font mourir l'âme avec le corps. C'est au moins leur pratique, c'est leur sagesse sociale. D'esprit, de Dieu ils n'y comprennent rien, bien plus ils les haïssent : « L'homme animal ne comprend pas ce qui est de V esprit de Dieu (2). » Par conséquent ils abhorrent et veulent renverser l'Eglise établie pour faire prévaloir cet esprit et cette idée de Dieu. Ils la combattent obstinément et tendent à en abattre les institutions les unes après les autres, celle-là sourtout des solennités consacrées à Dieu. Les peuples succomberont-ils à leur impiété? Dieu qui est notre Roi depuis les siècles opérera, comme il a fait d'autres fois, des délivrances au milieu de la terre (3).
(1) Ne tradas bestiis animas con/îtentes tibi. Ibid. 19.
(2) 1 Corinth. ji, 14.
(3) Deus rex noster ante sœeula operatus est salutem in medio terres. Ibid. 12.