II. CIVILISATION CHRÉTIENNE
Née sur le calvaire, la civilisation chrétienne pénétra vite dans le monde païen. Peu à peu elle en perça les ténèbres comme on voit dans un jour d'orage le soleil percer çà et là au travers des nuées amoncelées, jeter un vif éclat et faire rejaillir cet éclat sur les masses de ténèbres
environnantes.
Ainsi la société chrétienne apparut dans le monde et bientôt elle inonda de ses clartés l'Orient et l'Occident.
Comme, l'indiquait son nom cette société se développa d'après le modèle Divin proposé par Jésus aux hommes. Elle prit le Sauveur pour centre de sa vie sociale, de ses institutions et de ses progrès, .lésus, représenté par son église veilla sur le berceau des nations chrétiennes. Il guida leur jeunesse, et les fit entrer dans les voies de cette grande civilisation qui tint l'Europe si fort au dessus des autres parties du monde.
Rome prit dans l'ancien droit ce qui était bon et détruisit ce que l'arbitraire ou le despotisme inné au cœur de l'homme sans religion y avait introduit de mauvais. Rome vivifia les lois, inspira la littérature et les sciences ; elle assouplit les caractères trop violents, façonna les mœurs et peu à peu les rendit sociables et chrétiennes. A l'ombre de la croix, sous l'influence du vicaire de Jésus, des institutions pieuses s'élevèrent pour secourir toutes les mi sères humaines, les serfs et les artisans obtinrent la liberté, des lois protectrices défendirent leurs associations contre les assauts du fort et du puissant, les rois respectèrent leurs sujets, ils virent en eux des hommes libres, des chrétiens qu'ils devaient, non exploiter à leur projet mais guider vers le but sublime assigné par Jésus à la civilisation chrétienne. Le développement harmonieux de toutes les énergies humaines dans l'ordre et la paix, préparait ainsi la transformation finale" et la déification complète promise à l'homme après cette vie, pour une éternité.
Cette grande civilisation chrétienne ne s'établit pas sans luttes, vous le savez, Messieurs. Souvent les hommes de Dieu eurent à tenir tète aux peuples et aux rois, pour maintenir les premiers dans l'obéissance et les autres dans le droit.
Souvent les Papes eurent à protester contre des lois iniques, à venger la sainteté du mariage, à faire restituer la propriété volée, mais toujours ils sortirent victorieux de la lutte. Cette influence intime et permanente du représentant de l'ordre et de la morale, forma les nations nouvelles.
Elle donna au monde le spectacle inconnu jusqu'alors d'une grande famille de frères unis ensemble dans une même foi, une même espérance, un même amour, marchant ensemble au même but, ensemble se réunissant autour du centre unique de la lumière et de la civilisation ; la croix plantée sur le rocher de Pierre et montrée au monde par des vieillards que peuples et rois saluaient du nom de guides et de Pères.
« Le fait est évident, nous dit M.
Guizot, le développement moral et intellectuel de l'Europe a été essentiellement théologique. Parcourez l'histoire du Veme au XVlfme siècle, c'est la théologie qui possède et dirige l'esprit humain, toutes les opinions sont empreintes de théologie ; les questions philosophiques, politiques et historiques, sont toujours considérées sous un point de vue théologique. L'esprit théologique est en quelque sorte le sang quia coulé dans les veines du monde européen et cette influence salutaire entretint et féconda le mouvement intellectuel.»
(Cours d'histoire moderne vieme leçon.)
Ainsi, MM. au témoignage d'un écrivain protestant, cette union intime de l'Eglise avec les peuples chrétiens produisit la civilisation nouvelle. Elle forma cette grande république chrétienne rangée autour de Rome comme des enfants près de leur mère. Depuis trois siècles cette union a été brisée. Rois et peuples ont choisi un autre centre de vie et de progrès. Nous verrons bientôt quelles en furent les conséquences.