‹ L'Église et l'étatChapitre 12 sur 75 · ERREUR FONDAMENTALE DU PROTESTANTISME · texte numérisé non relu

ERREUR FONDAMENTALE DU PROTESTANTISME

1 ^ Les soi-disant réformateurs du xvi* siècle prétendaient que rÉglise romaine avait cessé d'être la vraie Église du Christ. Pressés par les théologiens catholiques de dire où donc était cette Église avant leur sacrilège scission, les luthériens et les calvinistes répondirent qu elle était partout, mais invisible, cachée en Dieu et dans le Christ. « Par TEglise, disait Luther, j entends la société de tous ceux qui vivent dans la foi, dans l'espérance et dans la charité. Ainsi, l'essence, la vie et la nature du Christianisme ne consistent pas dans une assemblée corporelle, mais dans l'union des cœurs en une môme foi (i) » .

En niant la visibilité de l'Église, à) Luther méconnaissait les données les plus évidentes des Livres-Saints ; h) il soutenait une doctrine qui allait directement à enlever au christianisme son caractère de religion révélée : essentiellement positive dans ses dogmes et dans sa morale, la religion chrétienne ne peut bien se transmettre et se conserver que par le secours d une autorité extérieure enseignante.

2° Pour échapper à la nécessité de reconnaître le besoin de cette autorité, les protestants imaginèrent un moyen tout individuel : la Bible, dirent-ils, suffit à Thomme, elle renferme toute la parole divine, et elle est à la portée de tout le monde. Le chrétien est donc instruit intérieurement et directement, et nul n'a le droit de se placer entre Dieu et le croyant.

a) Mais pour restreindre ainsi le Christianisme à la Bible, les réformés devaient commencer par nier le fait le plus éclatant de l'histoire : l'Église est manifestement antérieure aux livres du Nouveau-Testament. Comment donc s'est-elle fondée et propagée, si ce n*est par l'enseignement oral ? Bien plus, comment connaîtrions-nous l'existence et l'inspiration de ces livres, si nous n'avions la tradition et l'autorité de l'Église ?

V) D'ailleurs, la Bible comme règle de foi est un moyen anti-naturel. Une religion, si elle est divine, doit être en harmonie avec toutes les exigences de la nature ; or, l'homme a toujours reçu l'éducation religieuse et morale de la société. Pareil moyen serait peu praticable et même impossible.

(1) Cité par Mœhler, La Symbolique, § XLIV.

puisqu'il suppose des aptitudes, des connaissances et des loisirs qui font défaut à la plupart des hommes. La parole écrite a souvent besoin pour se faire entendre d'une parole plus excellente, de la parole vivante et animée, dont l'écriture n'est que le simulacre, surtout si, dans cette écriture, il se rencontre des vérités aussi hautes et aussi sublimes que celles qui sont renfermées dans la Bible. Oui, le principe protestant de la clarté absolue des Livres-Saints a contre lui le bon sens et la plus irrécusable expérience.

3"" Aussi les prétendus réformés durent-ils chercher un nouveau subterfuge dans une assistance divine spéciale, sorte d'inspiration individuelle et infaillible, que donnerait l'Esprit- Saint à quiconque lit la Bible.

Mais les faits le condamnèrent immédiatement d'une manière éclatante : les divisions dogmatiques furent bientôt chez eux telles et si nombreuses, que Bossuet, en écrivant Y Histoire des variations des Églises protestantes, a pu comparer leurs systèmes aux nuages qui passent devant la face du soleil en un jour de tempête.

4^ Le génie de la réforme était fécond en inventions. Pour essayer de rétablir l'accord, Jurieu trouva la distinction entre les articles fondamentaux et non fondamentaux du Christianisme ; et depuis lors les protestants ne demandèrent de leurs adeptes que l'adoption des premiers, leur laissant plein pouvoir de repousser les seconds.

Distinction futile autant qu'absurde : a) dans une religion révélée tout est fondamental ; je veux dire qu'il ne nous appartient pas de la scinder arbitrairement, de transiger sur ses dogmes, ses préceptes, sa constitution. 6) Où ces prétendus réformateurs arrivèrent-ils en s'avançant de plus en plus dans cette voie des négations ? A ne plus admettre qu'un seul article fondamental ou nécessaire, la croyance en la divinité du Christ !

Le système protestant n'est évidemment qu'un château de cartes. Nul ne Ta montré avec plus d'habileté spirituelle, avec une logique plus impitoyable, que M. Colani, professeur de théologie protestante à Strasbourg, au Synode général de F Église réformée de France^ tenu à Paris, au mois de juin 1872 (i).

(1) V. ReTme catholique , oct. 1872, pp. 421 suiv.

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