ERREUR FONDAMENTALE DU PROTESTANTISME
5** L'insuflSsance ou plutôt l'absence de Tinspiration individuelle était évidente, et le protestantisme se trouvait, la Bible en main, en face de la raison. C'est cette faculté bornée, faible, inégalement cultivée, qui était devenue l'interprète et le moyen universel de la Révélation. En d'autres termes, en vertu du système protestant, la Révélation avait perdu toute son autorité ; la loi religieuse, toute sa force et son indépendance. C'était à la raison qu'il appartenait désormais de donner aux dogmes leur valeur. On était en plein rationalisme, en plein libre examen. Chacun devait se faire à soi-même sa religion et sa morale. Le premier usage que Socin fit de cette nouvelle règle de foi, fut de rejeter la divinité de Jésus-Christ. Que restait-il du Christianisme?... Rien ne montre mieux le vice fondamental, la faiblesse incurable de la méthode protestante, que l'anarchie qui s'est manifestée dans le synode dont je parlais tout à l'heure (i).
Ainsi individualisée par le protestantisme, la .religion ne peut plus être principe d'union entre les hommes ; elle cesse nécessairement d'être une institution publique et commune, et elle perd les caractères d'unité, d'immutabilité et d'universalité qui sont les marques du vrai Christianisme.
IV. L'Église catholique, véritable Église du Christ. — Il est donc clairement démontré que c'est en dehors du protestantisme qu'il faut chercher la vraie religion du Christ. Où donc est-elle ? Existe-t-il sur la terre une Église qui réponde à l'idéal que nous avons contemplé ? L'œuvre du divin Rédempteur s'est-elle réalisée et dure -t- elle encore? Oui, il existe sur la. terre une Eglise, mais une seule, dont les caractères, les éléments constitutifs et les fonctions sont en rapport parfait avec l'essence même du Christianisme. C'est l'Eglise catholique : elle a une vaste hiérarchie, subordonnée à un centre unique, répandue dans les cinq parties du monde ; exerçant le triple pouvoir de l'enseignement, de Tordre et du gouvernement sur une société spirituelle répandue partout ; recevant de tous les fidèles, sans distinction de nationalités et d'institutions politiques, Thommage de la soumission libre et toute spontanée. Voilà un fait palpable,
(1) V. ReDue catholique, août, oct. et nov. 1872.
24 L ÉGLISE ET LÉTAT.
que nul ne peut nier. Cette société se donne comme divinement établie, et c'est à titre d'autorité divine que le pouvoir de sa hiérarchie est reconnu et accepté. Cette persuasion est celle de plus de deux cent millions de fidèles. Quelle vérité fut jamais mieux établie ? Ce témoignage présent de l'Eglise n'est que l'écho réfléchi des dix-huit siècles qui nous précèdent ; Ton constate facilement que cette société remonte, par une succession non interrompue, jusqu'à Jésus-Christ, son premier auteur. Elle est donc une, universelle, perpétuelle.
Ces faits sont une démonstration lumineuse de l'Eglise catholique. Elle est le Christianisme, ou le Christianisme vrai n'est plus nulle part. Nous ne pensons pas que l'on veuille aller le chercher dans les sectes déchues de l'Orient. Le schisme orthodoxe de Russie ne présente non plus que le caractère d'une religion nationale. Malgré le protectorat qu'il affecte d'étendre sur tous les schismatiques grecs de la terre, le Czar voit son pouvoir religieux s'arrêter là où s'arrête l'influence de ses armes et de sa diplomatie ; de même que la juridiction des chefs de TÉglise anglicane n'est reconnue que dans les possessions anglaises (i).
(1) On lira avec beaucoup d^intérêt la démonstration de la vraie religion établie, suivant un procédé populaire, dans l'ouvrage cité de M. Van Weddingen, pp. 314 et suiv., édit. cit.