CONSTITUTION FONDAMENTALE DU GENRE HUMAIN
Tordre social ; il a profondément implanté dans les entrailles de rhumanité l'amour de la société, le besoin de l'association de l'homme avec ses semblables.
L existence de l'homme suppose d'abord la famille ; et ses inclinations les plus intimes tendent à en former une nouvelle. Sans elle le genre humain ne pourrait subsister. De là, la société domestique^ répondant directement aux premiers besoins? naturels et aux fins individuelles de Thumanité ; et le pouvoir domestique, à la fois marital et paternel, chargé de fonder une maison, d'y procurer le bien-être, d'y maintenir le bon ordre, d'y assigner à chacun son rôle. La famille remontant à l'origine même de l'homme, elle est antérieure à l'État, elle en est le principe, l'élément primordial. Sa constitution essentielle est de droit naturel ; la puissance civile n'a pas le pouvoir de la modifier. Les relations positives et réciproques des époux, des parents, des enfants, celles des familles avec l'Etat, peuvent être formulées dans les lois civiles; mais ces lois supposent le droit naturel, elles ne rétablissent pas,
III. La société civile. — Les familles ne vivent point non plus dans le monde isolées les unes des autres.
1° L'inclination naturelle, la sociabilité, les porte à s'unir entre elles,
2^ Elles ont, en outre, des besoins physiques communs, qui les poussent aussi à se rapprocher : c'est Tinstinct de cooserv3.tion. Séparées, elles n'auraient qu'une durée éphémère, , elles seraient dans l'impuissance de résister à toutes les causes de mort qui environneut ici-bas l'être humain > et de produire les choses qui sont nécessaires à la vie. En guerre perpétuelle avec toutes les forces destructives de la créa^tiop, avec les éléments et les bétes féroces, un combat plus redoutable leur serait livré pïtr les familles rivales. Aucune autorité publique et commune ne les obligeant ni ne les protégeant^ la force seule deviendrait le droit, et il n*y aurait sur la terre aucune justice, aucune sécurité.
3** Enfin, les facultés intellectuelles et morales des individus ne pourraient non plus, au sein de familles isolées, recevoir la culture et le perfectionnement qui leur conviennent. Pour naître et se développer, les vertus, les sciences
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et les arts requièrent ces quatre choses, que l'association générale des familles peut seul donner :
a) La paix et les commodités de la vie,
b) Le concours et l'émulation^ de tous les esprits les plus actifs et les plus intelligents,
c) Les ressources ou les moyens^d'exécution,
d) Le temps, surtout le temps, qui recueille les résultats acquis par l'expérience et les efforts communs, et qui les transmet aux générations à venir pour les accroître de trésors nouveaux.
Ce sont toutes ces causes réunies qui ont porté les familles à mettre en commun leurs aspirations et leurs ressources, leurs forces et leurs talents ; à rechercher par Tassociation le bien commun de leur perfectionnement physique, intellectuel et moral ; en un mot, à constituer la société civile et le pouvoi?^ politique. En cela elles ont obéi à des impulsions nécessaires, dérivant de la nature elle-même, et, par conséquent, à une loi naturelle.
Par là se trouve clairement déterminé le but propre^ direct, immédiat, que Dieu a assigné au pouvoir civil : la félicité naturelle des hommes par le moyen de Tordre extérieur, en garantissant à chaque membre du corps social la possession et l'exercice de ses droits de conservation, de propriété et â^ indépendance, et en favorisant l'œuvre de son perfectionnement, c'est-à-dire, en lui prêtant sa coopération positive, là où elle est nécessaire, pour l'aider à atteindre le développement de ses forces physiques, intellectuelles et morales, suivant les lois que Dieu a établies et dans tordre de la nature. Les philosophes chrétiens sont, en ce point, pleinement d'accord avec les théologiens (i).
Le pouvoir civil ne crée donc pas la justice et la morale ; il les fait seulement régner dans l'ordre extérieur et public. Il ne crée pas non plus les droits essentiels des membres de la société ; il ne fait que les sauvegarder et les protéger, ne venant d'ailleurs directement en aide aux individus que lorsque leurs forces personnelles sont insuffisantes. Enfin,
(1) V. Taparelli, Essai théorique de droit naturel, liv. IV> ch. II, éd. Casterman, tom. II, p. 23 ; Suarez, De legibus, lib. III, cap. XI, n. 7 ; Sylvius^ Jn l»°» 2*« Q. XCV, art. 4.