PRÉFACE DE LA TROISIÈME EDITION
Lorsque, il y a dix ans, nous nous sommes engagé dans l'étude des rapports de l'Eglise et de l'État, nous avons pris la soumission filiale aux doctrines du Siège Apostolique pour le guide de nos recherches et la règle invariable de nos jugements. Les feux allumés sur la route par la parole pontificale ont constamment dirigé nos pas.
Depuis lors, depuis l'avènement de S. S. Léon XIII, des lumières nouvelles, parties de ce foyer toujours ardent, sont venues éclairer plus vivement encore les graves et déli • cates questions que nous avons eu à traiter. Recueillir ces lumières, tâcher de les faire pénétrer dans ces pages que, pour la troisième fois, nous offrons à nos élèves et au public, tel a été notre principal souci dans la préparation de la présente édition. Travail bien doux, assurément ! Nous le disons avec le sentiment d'un bonheur que nous ne cherchons pas à dissimuler, nous avons trouvé, dans l'accord constaté de nos doctrines avec les augustes enseignements du Vicaire de Jésus-Christ, la plus enviable récompense de notre pieuse docilité. L'expérience nous aurait appris, si la foi ne nous Tavait d'abord enseigné, que la voie par nous suivie est la voie toujours sûre.
« Pontife providentiellement préparé et choisi en rapport » avec les exigences et les difficultés des temps présents» (i), S. S. Léon XIII, dès le début de son règne, s'est vivement préoccupé de la dissolution sociale qui, comme un torrent, envahit les Etats modernes, de la guerre sauvage déclarée partout aux vérités essentielles, aux principes supérieurs qui sont le fondement de la société humaine et l'honneur de la civilisation chrétienne.
Le péril, aux jours mauvais que nous traversons, péril déjà signalé par Grégoire XVI et Pie IX, c'est le naturalisme, système monstrueux qui prétend « substituer la sou- » veraineté de Thomme à la souveraineté de Dieu » , et dé-
(1) Lettre pastorale de N. N. S. S. les Archevêque et Evêqaes de Belgique, k Tpccasion du Jubilé sacerdotal de S. S. le pape Léon XIIL
X l'église et l'état.
truire complètement l'admirable économie de la Providence dans le gouvernement des choses humaines.
Avec une clairvoyance qui semble inspirée d'en haut, avec cette assurance que lui donne le sentiment d'une autorité infaillible, Léon XIII nous montre les origines de cette erreur funeste, ses formes diverses, ses moyens, sa tactique, son but anal. En même temps, il met en mains aux hommes de bonne volonté, s'ils les veulent accepter et s'ils savent s'en servir, les armes propres à la combattre et à la vaincre.
D'abord, il a dénoncé les projets ténébreux des sectes qui, sous le nom de socialisme, communisme et nihilisme, révent la ruine des institutions existantes ; — la tentative audacieuse, formée par de soi-disant philosophes, d'enlever au pouvoir civil toute valeur morale, en le dépouillant de son auréole divine, — et l'entreprise non moins coupable de ces prétendus hommes d'Etat qui veulent déchristianiser et détruire la famille en faisant du mariage une institution purement humaine, un contrat vulgaire dissoluble par le divorce. Tel est l'objet des encycliques Quod apostolici du 28 décembre 1878, Arcanum divinae sapientiae du 10 février 1880, et Diuturnum illud du 29 juin 1881.
Il nous a fait voir ensuite, par la lettre Humanum genus du 20 avril 1884, que le grand agent du naturalisme dans le monde est la franc-maçonnerie, et que le dessein avoué des loges, dans leur action incessante, est d'anéantir, avec la religion révélée, l'œuvre sociale du Christ.
Enfin, dans l'encyclique Immortalc Dei du 1 novembre 1885, il met en accusation et condamne solennellement le droit nouveau, si en faveur aujourd'hui, cette théorie sociale conçue entièrement en opposition aux doctrines chrétiennes, et dont le rationalisme veut faire le principe régulateur de la vie publique des peuples et de leurs gouvernements.
Le pontife y trace un tableau saisissant des conséquences lamentables qu'ont produites dans l'ordre philosophique, religieux, social et politique, les principes modernes de liberté effrénée sortis du protestantisme et formulés, en 1789, dans la Déclaration des droits de t homme.
En regard de cette charte de la révolution, il présente, en une magnifique synthèse, l'admirable charte du droit chrétien, qui a créé toutes les libertés légitimes, favorisé tous