‹ L'église et l'état (volume 2)Chapitre 12 sur 17 · I. ÂLNAOLD DE BRESSE ET LES GIBELINS · texte numérisé non relu

I. ÂLNAOLD DE BRESSE ET LES GIBELINS

Les attaques des hérétiques contre le pouvoir temporel de rÉglise partent de TÉvangile ; ils ont en vue de rétablir TÉglise dans sa pureté primitive bien plus que de rendre à l'État une souveraineté usurpée par le sacerdoce. A côté des sectes religieuses se produit un mouvement analogue, mais plus large : il procède des hommes qui se préoccupent de l'État plus que de la rehgion. L'Église les appelle les hérétiques politiques ; car, à ses yeux, c'est une hérésie de reconnaître la souveraineté de l'Étal sur le clergé K

Telle est la doctrine de celui que le cardinal Baronius appelle le patriarche des hérétiques politiques. Arnauld de Bresse n'est cependant pas le premier qui ait revendiqué les droits de l'État contre l'Église; ses sentiments étaient partagés par tous ceux qui, dans la lutte du sacerdoce et de l'empire, combattaient dans les rangs des empereurs. C'est aux papes et à leurs excès qu'il faut rapporter l'origine d'une doctrine qui leur est devenue si funeste. L'État existait à peine au neu-

' Le cardinal Baronius traite toujours les défenseurs de la souveraineté de l'État, ^'hérétiques, d'impies, de novateurs.

vième siècle; Grégoire VII, en foulant aux pieds la majesté impériale, provoqua une vive réaction en faveur de l'empire; ce fut le premier germe de Tidée de TEtat et de sa souveraineté. Les évéques , partisans de Henri ÏV, demandèrent à Grégoire VII, où les papes puisaient le droit de déposer les empereurs; ils lui rappelèrent que Jésus-Christ et les apôtres nous commandent d'obéir aux puissances établies. On invoquait pour Grégoire le pouvoir spirituel; les évêques allemands répondirent que le pouvoir d'absoudre les pénitents n'autorisait point le pape à délier les sujets de leur serment de fidélité. Quand l'empereur serait hérétique, cela ne dispenserait pas les fidèles de lui obéir, de même que saint Paul obéit à des princes idolâtres et perséculeurs^ Les défenseurs de l'empire concluaient que l'Église n'avait droit à aucun pouvoir temporel ; les plus osés allaient jusqu'au bout et soutenaient que l'Église étant purement spirituelle, n'avait pas même droit à la possession de la terre; ils ne lui laissaient que les dîmes ^. Arnauld de Bresse se fit l'apôtre de cette croyance, qui tendait à revendiquer la puissance souveraine au profit de l'État.

Nous avons apprécié ailleurs ^ cet homme hors ligne, cet esprit ardent et dévoué à ses convictions, comme un martyr l'est à sa foi. Le pape fît jeter ses cendres dans

ï Voyez mes Études sur la Papauté et V Empire, pag. 355, 359.

2 Placidi Nouantuli liber de honore Ectlesia?, Prolog. {Paz, Thesaur. l. II, part, ii, 75) : « Ecclesia spiritualis est et ideo ei nihil lerrenarum rerum pertinet. »

3 Voyez le t. VI« de mes Études.

le Tibre, croyant étouffer dans le sang d'un homme la dangereuse hérésie qui menaçait son pouvoir temporel ; mais les sentiments qui s'étaient incarnés dans le réformateur italien existaient avant lui et ils lui survécurent; il trouva des vengeurs dans les descendants de l'empereur qui l'avait livré au bûcher. Dès le douzième siècle, les Hohenstaufen et les Gibelins attaquèrent le fondement juridique de l'usurpation cléricale, la fameuse donation de Constantin; ils nièrent que le César romain eût donné le pouvoir temporel à Sylvestre ; rÉcriture même s'opposait, d'après eux, à ce que l'Église exerçât la puissance souveraine ; car Jésus- Christ dit à ses disciples qu'ils doivent rendre à César ce qui est à César ^ Frédéric II continua la politique des Hohenstaufen, en la couvrant du voile de la religion ; à entendre l'empereur incrédule, il voulait ramener l'Église à la pureté apostolique ^ Les Gibelins adoptèrent ce mot d'ordre et travaillèrent à ruiner l'Église au nom de la loi.

Page 1