‹ L'église et l'étatChapitre 12 sur 22 · L ITALIE. S · texte numérisé non relu

L ITALIE. S

sioD au nom d'Henri lY : c li ne s'agissait pas de raisonner dans celte négociation, mais uniquement de fournir un prétexte à Paul Y pour revenir sur ce qui était fait. Celait déjà beaucoup d'amener le pape à se contenter de cette fausse monnaie, les concessions ne devant être qtéune pure cérémonie ^. » Le sénat refusa de nouveau de suspendre les lois, de quelque manière que ce fût. II y avait une autre difficulté , presque aussi grande que celle des lois, Texpulsion des jésuites. Paul Y sentait que son honneur exigeait que les jésuites fussent rappelés '; il disait et répétait que leur cause était la sienne et qu'il ne les abandonnerait qu'avec la vie; il leur promit de ne pas faire de traité sans les y comprendre. Les jésuites firent tout pour obtenir leur rappel; ils disaient, et non sans raison, que ce serait une honte pour la papauté de consentir à la punition de ceux qui seuls avaient soutenu son droit, qui seuls avaient obéi à ses censures, que leur exclusion serait en quelque sorte une censure infligée au souverain pontife. De son côté, Tambassadeur de France prit chaudement le parti des jésuites; il déclara qu'il était moralement impossible que Paul Y consentit à Texclusion d'un ordre qui avait été expulsé pour lui avoir obéi. Encore à la veille de Taccord, le cardinal de Joyeuse dit que Paul Y

1 « Gontentar 11 papa con questa falsa moneta, dovendo servir q'iesta parola per scia ceremonia. »

« Historia societatis Jesu, t. V, pars ii, pag. 103, n* 118 : « Quo enim animo futures in posterum auctoritatis pontificise defensores, cum animadverterent, non solum nullam suarum rerum haberi rationem, verum etiam exitio suo pacem et concordiam redimi? »

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lenait au rétablissement de la Compagnie plas qu a un royaume. Le sénat fut inébranlable; Timpossible deviût possible, les jésuites ne furent pas compris dans le traité.

Venise fit une seule concession, non au pape, mais aux exigences de la France : elle consentit à remettre Tabbé et le chanoine dont Temprisonnement avait commencé la querelle, entre les mains du cardinal de Joyeuse. La remise se fit par le secrétaire du sénat, avec la déclaration expresse que c*était en Tbonneur du roi très chrétien» et sans préjudice du droit de la république de juger les clercs; Tambassadeur répondit que c'était ainsi qu il Tentendait. Il ne faut pas croire que celte réserve était une de ces vaines formules que ïon insère dans les traités pour donner une satisfaction à Torgueil de ceux qui succombent; Tannée même où raccord fut signé, des clercs réguliers et séculiers furent emprisonnés, jugés, condamnés, avec une grande publicité; on imprima même les jugements, pour apprendre à la postérité que la république n'avait rien abdiqué de sa souveraineté. Il en fut de même des autres lois que le pape avait déclarées nulles; toutes furent observées et exécutées à la lettre, comme s*il n'y avait jamais eu de censures apostoliques '.

Restait l'absolution à donner aux Vénitiens excommuniés. C'est quand elle daigne absoudre des pénitents que la papauté triomphe; il y a dans sa clémence plus d'orgueil encore que dans ses censures, car elle n'ac-

1 « Tulle le leggi conlroverse $opo puatualma^te eseguile e otservate. •

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corde le pardon qo^à ceux qui s'hamilienl devaot son autorité dÎTÎoe^ Mais comment absoudre les Vénitiens, alors qu'ils ne donnaient aacun signe de repentir? Grand fnt Tenibarras de la cour de Rome, si formaliste, quand il s^agit de rédiger le bref d'absolution : le moyen d'absoudre des pécheurs impénitents? On se résigna à ne pas faire de bref, en se contentant de don- Ber au cardinal de Joyeuse une instruction signée du pape. Quand il s'agit de procéder à l'absolution, l'embarras fnt plus graid encore. Le sénat refusa obstinénoent de se prêter à une cérémonie imaginée par l'ambassadeur d'Henri IV : « C'était aux Taiocus, disait-il, à se laisser meser eai triomphe, et non à ceux qui araient défendu Tautorité qu'ils tenaient de Dieo ; n'ayant pas péché, ils n'avaient pas besoin d'élre absous. > Les Français répandirent le bruit que le cardinal avait fait au sein du sénat le signe de la croix dans sa manche, en guise d'absolution, ce qui amusa beaucoup les Vénitiens, qui se trouvaient absous sans le vouloir et sans le savoir. Le sénat ne voulut pas même envoyer un ambassadeur extraordinaire au roi de France pour le remercier de sa médiation , de crainte que la conr de Rome ne s'en prévalût pour dire que la république se croyait sauvée d'un grand péril. Par la môme raison, il n'y eut aucune réjouissance pour célébrer la rentrée des Vénitiens dans le sein de TÉglise, pas même une sonnerie des cloches à Saint-Maro ^

1 Nous avons suivi, pour le récit des négociations, Thistoire de Fra Paolo, témoin oculaire (Storia parlicolare, Op., 1. 1, 52, 134).

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Voilà une victoire qui ressemble singulièrement à une défaite. Comment concilier cet échec avec rautorUè du vicaire infaillible de Dieu? Les ultramontains se sont tirés de plus d*un mauvais pas en fabricant de faux actes; ils eurent recours au même moyen pour célébrer le triomphe de Paul V. Ils mirent en circulation un bref dans lequel le pape accordait Tabsolution » et un acte constatant que la république l'acceptait. Fra Paolo, initié à tous les secreU du sénat, se chargea de flétrir ces pratiques de faussaire ; il le fit avec la haute modération qui caractérise son génie : < Quant au bref ([n^ Paul V doit avoir remis au cardinal de Joyeuse, il ne veut rien affirmer et rien nier, mais peu importe que le bref existe ou non; ce qui est certain, c*est qu'il n'a pas été communiqué au sénat. Il ne suffit pas que le pape fasse un acte secret, pour que la république soit censée consentira ce qui est dit dans un écrit qu*elle ignore. Quant à l'acte qui déclare que la république a demandé et reçu l'absolution, il est évidemment fabriqué. Le sénat aurait dû donner mandat à cet effet au collège ; or aucun ordre pareil n'existe. Il aurait dû y avoir un procès verbal de l'absolution, et il n'y en a pas. Il y a plus, le doge a écrit une lettre aux prélats, et il n'y est pas dit un mot d'absolution; le doge s'exprime au contraire dans des termes qui excluent toute idée pareille *• »

1 Fra Paolo Sarpi, Informazione particolare deU' accommodamento (Op., 1. 1, pag. 138, Ul).

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