LA CUPIDITÉ CLÉRICALE. S
de la défunte, et que les vicaires des autres églises en faisaient de même. » L'avocat du roi ajouta c que quand une pauvre personne allait à trépas qui n'avait de quoi payer ce que les curés demandent pour la sépulture, ils ne la voulaient inhumer, mais fallait quêter poar le défunt jusqu'à la somme qu'ils exigeaient. » Le parlement fit défense aux vicaires et curés de retarder l'inhumation ; mais les gens d'Église ne se tinrent pas pour battus. En réalité , les curés n'étaient pas responsables de ces honteux abus. Les vrais «oupables, les hauts prélats, se soucièrent si peu du scandale dénoncé au parlement, que, dix ans après ces plaintes, Tévéque de Paris fit un statut portant défense d'inhumer sans sa permission ceux qui mouraient ab intestat. Le statut reçut son exécution; ce ne fut qu'en 1552 qu'un arrêt du parlement le déclara abusif. Cet arrêt ne suffit pas pour déraciner une pratique odieuse qui existait depuis des siècles; en 1560, il intervint un nouvel arrêt tout aussi inefficace. Il fallut qu'une ordonnance royale rappelât au clergé qu'il ne lui était pas permis de rien exiger pour les sépultures, et lui défendit expressément de recevoir autre chose que ce qui lui serait offert volontairement ^ L'ordonnance d'Orléans ne pénétra qu'avec grande peine dans les mœurs ; il y avait partout d'anciennes et louables coutumes auxquelles le clergé tenait excessivement. En vertu d'une de ces coutumes, dites louables comme par ironie, le curé avait droit au lit du
* Durand de Maillane, Les libertés de rÉglise gallicane, t. I, pag. 366, 368.
trt L'tGUn ET VÈtkT.
défiml pour hii servir d^bonoraires ; oe droit ftat réclamé jBsque dans le milies dta dix-septième siècle, et adjugé par les tribanaux ecclésiasiifiaes. Il y eut arrêts sur arrêts pour déclarer ces décisioDS illégales. La fermeté do parlement ftoit par remporter sur robstination da clergé *.
Quand on dépouillait les morts» pourquoi aurait-on épargné les vivants? Ici, les curés exigeaient une rétribution de chaque communiant, et les tribunaux ecclésiastiques leur prêtaient rautorilé de leurs décisions ; là, les évéques réclamaient des nouveaux mariés une somme pour la permission qu'ifs leur donnaient de coucher ensemble •. Toutes ces bonnes et louables coth tûmes dataient du moyen âge, d^nne époque oii TÉglise était toute-puissanle. Et quel usage fit-elle de sa puissance? Elle inventa nHlle moyens d'extorquer de Targent, digne héritière de Ronfie, qui avait vaincu le monde pour l'exploiter. II fallut, au seizième et au dixseptième siècle, que les tribunaux laïques réprimassent ces abus; ainsi, le pouvoir, organe du corps, fut appelé à corriger, à moraliser le pouvoir, organe de Tesprit. C'était un jugement de Dieu. L'orgueil, dit la tradition catholique, perdit les anges : donnez à des hommes un pouvoir divin, reconnaissez-les comme élus de Dieu, comme intermédiaires entre la terre et le ciel, vous nourrirez un orgueil aussi monstrueux que celui des démons et vous aboutirez à une véritable déchéance.
1 Févret, Tnlté de Fabns, lîv. nr, chap. viii, n» 3 (t. I, pag. 374). • Idem^ ibid.^ 1. 1, pag. 374.
LA GUPiDITÈ CLÉRICALE. Î7S
La décadefl€6 de TÉglise romai&e souleva cootre elle une moitié de la chrétienté. Gomme cela arrive toujours, la révolution religieuse du seizième siècle fut suivie d*un mouvement en sens contraire, que Ton célèbre aujourd'hui sous le nom de réaction catholique. Un ordre fameux, dont ou a dit tout le mal et tout le bien possible, fut rame de cette réaction. Les jésuites corrigèrent-ils les vices inhérents au pouvoir spirituel? Ils se donnère&t pour mission de restaurer le passé ; comme restaurateurs et réactionnaires, ils furent poussés fatalement à ressusciter les superstitions et les abus contre lesquels les réformateurs avaient protesté. Cependant, il fallait une satisfaction à Tesprit nouveau; les jésuites l«i donnèrent une satisfaction apparente, comptant que la masse des hommes se contenterait d'un semblant. Nous avons dit comment ils relevèrent le pouvoir de la papauté et de rÉgMse, tout en ayant Tair de respecter rindépeedanœ de TÉlat.  ce point de vue, le jésuitisme est une immense mystification. Il en fut de même de leur profession de pauvreté et de désintéressement. La chrétienté s'était insurgée contre une Église qui faisait argent de tout. Les jésuites se firent donner par le pape un brevet d'ordre mendiant; les révérends pères affectaient une telle horreur pour la propriété, qu'ils ne voulaient pas même d'une propriété commune : c'était le spiritualisme chrétien dans sa perfection. Mais il est avec rÉvangile des»accommodements. Les maisons professes
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ne possèdent pas; mais les collèges^ distribuant renseignement gratuit, devaient naturellement posséder, et sur centcolléges, il y a tout au plus sept maisons professes '. On voit que les possédants étaient assez nombreux pour venir en aide aux mendiants. Cette organisation fait honneur i Fesprit des jésuites; ils unissaient le prestige de la pauvreté évangélique et les avantages très réels d'immenses richesses : « Avec la pauvreté, dit Fra PaolOf ils gagnent le crédit et la dévotion des fidèles; avec leurs richesses ils gagnent autorité et considération '. »
Les collèges de la Compagnie étaient organisés sur le même pied; ils donnaient Tinstruction gratuitement; cependant, chose singulière, on voyait les révérends pères s'enrichir à vue d'œil, tandis que les professeurs payés par l'État et rétribués par les élèves ont toujours eu une position qui approche plus de la misère que de la richesse. Les légistes ont découvert de bonne heure le mot de Ténigme : c Les jésuites se réservent, dit un avocat (en 1597), de prendre en gros drossez peu de personnes^ cent fois plus que ne vaut ce menu détail dont ils soulagent le simple populaire pour attirer la multitude '. » Ceux qui fondaient les collèges payaient largement pour les élèves. Aussi les jésuites mettaient-ik tout leur savoir-faire à séduire les personnes qui, ayant
1 Voyez la statistique de Tordre de Tan (616, dans Historia societatis Jesu, t. V, part, ii, pag. 351 , 355.
« F7*a Paolo Sarpi, Traitato délie materie beneficiarie, cap. lui, (Opère, t. II, pag. 103).
» Mémoires de Candé^ t. VI, dernière partie, p9g. 193,