‹ L'église et l'étatChapitre 7 sur 22 · L'ESPAGNE · texte numérisé non relu

L'ESPAGNE

sir de comparer la catholique Isabelle à rhérétique Éli'sabeth, pour montrer combien le catholicisme remporte sur la réforme ^ Nous allons voir que les saintes ont aussi leur orgueil, et que, lorsqu'il s'agissait des prérogatires de sa couronne, la fière Castillane ne le cédait en rien à la hautaine Anglaise. Sixte IVdonnaàson neveu, le cardinal de Saint-George, un évêché qu'Isabelle avait demandé pour son chapelain. Les remontrances de la reine de Gastille furent mal accifeillies par le pape ; il répondit que lui était le chef de l'Église, et qu'il n'avait pas à tenir compte des désirs des princes, à moins qu'il ne s^aglt de l'intérêt de la religion. La prétention du souverain pontife n'était pas sans fondement; car, à cette époque, les rois ne nommaient pas encore les évéques. Que fit la reine Isabelle? Ferdinand et sa sainte femme ordonnèrent à leurs sujets de quitter les États du pape, et ils annoncèrent leur intention de convoquer un concile général pour la réformation des abus qui souillaient rÉglise. C'était une menace on ne peut plus désagréable aux souverains pontifes : un Espagnol dit que les papes aimaient les conciles, comme le diable aime l'eau bénite. Sixte IV se hâta d'envoyer un légat en Espagne pour arranger le différend. A peine le légal eut-il mis le pied dans le royaume, qu'il reçut ordre de le quitter; la reine ne voulut pas même prendre connaissance de ses instructions. Le légat redoubla d'humilité, et le pape jugea à propos de céder ; il accorda aux rois catholiques le droit de nommer eux-mêmes aux bénéfices ; le chape-

1 EéfeU, le cardinal Ximenès.

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laiD dlsabelle fut le premier qui reçut une nomination royale. Voilà comment la douce Isabelle extorqua da saint-siége le droit de nommer aux dignités ecclésiastiques (1484)*.

Le droit de nommer aux bénéfices était, dans le principe, un privilège concédé aux rois catholiques par le souverain pontife. Gela ne sufiSt pas à Torgueil espagnol : n*était-ce pas dire que le pape était le maître en Espagne? Les jurisconsultes soutinrent queleroi exerçait ce droit, non par concession, pas même comme patron de rÉglise, mais par son autorité royale, par droit naturel et divin •'. Que ce fut un droit royal, un patronage ou une concession pontificale, peu importe, il est notoire, que ce pouvoir mettait TÉglise dans la main du roi; il nommait aux plus riches bénéfices du monde qui il voulait, ainsi que le dit un ambassadeur vénitien ^. L'avenir des clercs dépendait du roi ; le pape ne pouvant rien faire pour eux, quoi de plus naturel que de les voir prendre parti pour le roi, au besoin, contre le pape? Quiroga résista au souverain pontife, au point de se faire excommunier : pour le récompenser, Philippe II le nomma archevêque de TolMe, le plus riche évêché de la chrétienté *. Les rois d'Espagne étaient de fait mai-

1 PrescoU, Ferdinand and Isabella, 1. 1, pag. 282, 284.

> Vasquez, lUuslrium Conlroversiarum, lib. ii, c. 5t : « Sed potissimumex ipsometjure regali, et sic ex jure naturali. »

« Nicolo Tiepolo, dans Albert, Relazioni degli ambasciatori veneti, prima séria, 1. 1, pag. 46 : Ciascune chi vuole.

* Ranhe, Farslen und Vôlker von Sûd-Europa, t. I, pag. 282,

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