‹ L'Église et l'Hygiène au Moyen-ÂgeChapitre 13 sur 77 · Bibli. nat. cité par Lecoy de la Marche · texte numérisé non relu

Bibli. nat. cité par Lecoy de la Marche

La vulgarisation de la chemise, qui constitue un progrès si important pour la propreté du corps, est contemporaine des premières années de Du Guesclin (Luce (3), p. 75). Mais il ne faut pas oublier qu’elle dérive d’un vêtement de dessous, appelé chains et chainse, en usage aux XI° et XII siècles, dont le tissu est de fine laine ou de crêpe de soie aussi bien que de fil (Jules Quicherat (4), p. 138, 163). Et ce qui montre que la chemise doit être changée plus souvent qu’on ne le pense communément, c’est un sermon d’un prédicateur du siècle de Saint-Louis ; il compare, en effet, les personnes qui se confessent trop rarement à celles « qui, le froid venu, ne veulent plus quitter leur chemise sale et préfèrent dormir dans leur immondice, tandis que les enfants sages en changent chaque quinzaine » (Lecoy de la Marche (2).

Pour les soins de la chevelure, on a fait usage, depuis la préhistoire, de peignes, et les plus anciens étaient faits d’arêtes de poissons. Maïs les peignes sont loin d’être des instruments de pratique courante, dans les premiers siècles du Moyen-Age. Pendant longtemps, ils

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sont presque exclusivement employés à des usages liturgiques (Cabanès (5), p. 157).

Bien que les officiants soient tonsurés, le cercle de cheveux qui ceint leur tête est assez épais pour qu'ils aient besoin d’un peigne ; la décence requiert qu’ils s’en servent afin de démêler leurs cheveux et les arranger proprement, avant que de monter à l’autel. C’est pourquoi l’on voit figurer des peignes dans les trésors des églises : à la cathédrale de Sens, entre autres, on conserve le peigne de Saint-Loup, dont la description a été faite par Millin (Voyage en France, t. I, p. 97, cité par Cabanès). Il paraît même, si l’on s’en rapporte au pontifical romain, accommodé aux usages de l’église de Mende, que l’évêque a exprès un peignoir, c’est-àdire un linge fait en forme de petit manteau qu’on met sur ses épaules quand on le peigne. Les prêtres prenaient aussi la précaution de se peigner avant d’officier (Cabanès, loco cit. p. 157).

Les prédicateurs (2) s’élèvent fréquemment contre la tyrannie de la mode, qui nuit à la longue au bien-être physique. Les cheveux sont arrangés avec art, ajustés, crêpés, au prix de fatigues et de souffrances ; et un orateur en démasque le danger à ses ouaïlles : « à force d'être attifée et frottée, la tête se dénude avant le temps» et, moqueur, il continue : «mais les fauxcheveux viennent réparer cet outrage >» (ms lat. 16481. Bibl. nat), se glorifier des cheveux d’autrui, quel comble de folie ! » (ms. lat. 16.481 — n. 61).

L'abus des perruques dépasse réellement les bornes, et Etienne de Bourbon, dans une de ses chroniques (6) p. 241), nous le conte plaisamment : «les malheureuses qui entassent sur la tête les cheveux d’autrui, n’ose-

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raient certainement pas s'étendre sur leur lit, si elles savaient y trouver une main appartenant à un cadavre de femme. Comment donc peuvent-elles, sans frémir, parer leur chef d’une chevelure de morte ? Elles ignorent, sans doute, la parole attribuée au père de l’empereur Frédéric. Un soir, ce prince s’était mis sur son lit, et l’impératrice, son épouse, voulant l’y rejoindre, dépose sous ses yeux tout l’édifice de sa coiffure, avec une masse énorme de cheveux postiches. À cette vue, l'empereur appelle ses gardes, ses sergents, et crie comme un forcené : « Vite, vite, enlevez de ma chambre cette dépouille de mort et jetez-la au feu, vous allez voir comme cela sent mauvais. Je veux une épouse toute en vie, et non une épouse en partie morte ».

Dans les sermons de Gilles d'Orléans, en 1273, on retrouve les mêmes attaques contre ces postiches (Bibl. nat. ms. lat. 16.481). Cité par Lecoy de la Marche (7), p. 214).

Les moralistes sont unanimes dans leurs plaintes contre ces monuments «de cheveux morts». Voici un fait authentique pour nous montrer que les élégantes étaient les premières à souffrir des tyrannies de la mode ; il nous est raconté par Etienne de Bourbon, dans une de ses anecdotes historiques (N° 277. Cité par (7), D. 219)

Un frère prêcheur, qui avait été le compagnon de Saint Dominique, et qui portait le même nom que lui, passait à tort ou à raison pour opérer des miracles. Or, un jour, il vit venir à lui plusieurs dames, qui lui demandèrent charitablement de bien vouloir prier pour certaine demoiselle de noble lignée, parce qu’elle endurait dans la tête des lourdeurs continuelles. Il ne dit pas non ; mais quand il se trouva en face de la personne en question, et qu’il considéra l’imposant édifice de sa coiffure, il lui dit simplement : « Promettez-moi, madame, de

déposer vos boucles et tous les vains ornements qui couvrent votre tête, je consentirai alors à prier Dieu pour vous, et j'ai lieu de croire que vous obtiendrez votre guérison ».

Elle refusa, le sacrifice lui coûtait trop. Bientôt, cependant, les souffrances augmentèrent : elles devinrent intolérables ; si bien que la femme vint retrouver l’homme de Dieu, débarrassa sa tête de tout le poids qu’elle supportait et lui jura de ne plus mettre une seule bandelette, ni un seul cheveu postiche. Le frère, aussitôt, s’agenouilla pour prier, mais déjà la douleur avait disparu, et oncques puis elle ne revint (L’héroïne de l’anecdocte appartenait à la maison de la comtesse de Montfort, et le fait se passa à l’abbaye de Saint Antoine de Paris).

La chaire, au Moyen-Age, vise également la toilette masculine. Et Serlon, évêque de Sées, dans un sermon devant le roi Henri, fils de Guillaume le Conquérant, roi d'Angleterre de 1100 à 1135, s’écrie :

« Hommes, tous comme des femmes, vous portez de longs cheveux. Vous évitez de vous raser de peur que, la barbe coupée, vos baisers ne blessent vos maîtresses. C’est pourquoi, glorieux monarque, je vous prie de donner à vos sujets un

louable exemple ; que surtout ils voient par vous-même comment ils doivent se coiffer. >» (Bourgain (8), p. 302).

À ces mois, le roi et les grands obéissent avec joie, et l’expéditif prélat tire aussitôt de sa manche des ciseaux et tond de ses propres mains d’abord le roi, puis le comte de Meulan et plusieurs autres seigneurs. La suite du roi et ses assistants se font de tous côtés tondre à l’envie.

Rhabdode, évêque de Noyon, use également de ses ciseaux dans Péglise Notre-Dame de Tournay. «Il fit une prédication admirable à son peuple, convoqué en assemblée en léglise Notre-Dame de Tournay, en exhortant un chacun à corriger les excez du temps, les scandales des habits, les prodigieuses cheveleures. Prédication qui ébranle tellement les consciences, qu’au

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sortir d’icelle plus de mille jeunes hommes portant perruques et cheveux gredillez et frisez, se vindrent prosterner à ses genoux, immolant perruques, gredillons et frisures qui leur furent coupées à l’heure même par ce sainct prélat. À sa remontrance, furent aussi retranchez les excez des habits par trop long » (Jacques le Vasseur — Annales de l’église de Noyon — Cité par Bourgain (8), p. 302). |

Ces reproches s’adressent surtout aux femmes qui donnent un développement sans exemple aux queues de leurs robes. Maurice de Sully (Bibl. de l’Arsenal, ms. fr. 2111, p. 35) veut que les femmes suppriment «lor lons trains >». Milon, évêque de Térouanne de 1131 à 1158, dit : « Non, il ne convient pas aux femmes chrétiennes de traîner par derrière elles ces longues queues qui balayent les rues et les pavés. Sachez, mes bonnes dames, que si, pour remplir votre vocation sur la terre, vous aviez besoin de longues queues, la nature y aurait pourvu par quelque chose d’approchant.…..»> (Bourgain (8), p. 303).

Les sermonnaires réprouvent souvent l’usage de ces robes à queues, dont un de leurs inconvénients est de soulever la poussière dans les églises et qui dehors doivent être relevées (ms. lat. 15.970 — fes 353, 354 ; 17.509, f° 140 - Bibl. nat. cités par Lecoy de la Marche (2).

Pierre de Limoges reproche également aux femmes de se servir, pour dissimuler leur grossesse, du fascia pectoralis : bande d’étoffe destinée, comme le corset en usage plus tard, à serrer le buste en accusant les contours (ms. lat. 16.482 — Cf. Quicherat — Cours d'archéologie de l’Ecoles des Chartes au mot : mulier — cité par Lecoy de la Marche (2).

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