‹ L'Église et l'Hygiène au Moyen-ÂgeChapitre 30 sur 77 · IL — L'ENFANCE ABANDONNÉE · texte numérisé non relu

IL — L'ENFANCE ABANDONNÉE

Henri Martin, dans son Histoire de France (tome I, liv. V, p. 250), fait bien comprendre la transformation que la morale du christianisme devait amener dans la société païenne :

« À l’orgueil des sages, elle oppose la vertu de l’humilité ; à la sensualité et à la cupidité de la foule, la continence et la pauvreté volontaire. Le monde paien est attaqué en face dans son esprit et dans sa chair ».

Rome tolérait l'avortement, l’infanticide et l’exposition (Juvénal, sat. VI ; Ovide, Héroïd, épist. XI) ; « nous étouffons, écrivait Sénèque (De Irâ. L XV, cité par Lallemand (5), p. 54 et 55), les enfantements monstrueux ; même les enfanis s’ils sont débiles ou difformes, nous les noyons. Ce n’est pas de la colère, mais de Ia raison ».

La protection de l’enfance devient naturellement un des premiers soucis des chrétiens.

La plus ancienne littérature chrétienne atteste cette charité mutuelle, instigatrice de ces établissements d'assistance qui devaient plus tard couvrir le monde : «Et quand un enfant chrétien, garçon ou fille, reste orphelin, disent les Constitutions apostoliques (IV, 1), c’est une bonne œuvre si un frère privé de descendants l’adopte et le traite comme son enfant ».

Le professeur Jeanselme écrit dans le livre de Petre Trisca, sur la protection de la maternité (6), à la page 76 : «Il faut arriver aux premiers empereurs chrétiens pour assister à la fondation des orphanotrophia et des brephotrophia destinés à recevoir les enfants orphelins ».

Dr AE

Ce sont les évêques qui nomment les orphanotrophes, hommes chargés de la direction de ces établissements et de la défense des droits de leurs pupilles.

Ces premiers hôpitaux (brephotrophia, pour enfants pauvres, et orphanotrophia pour orphelins) surgissent d’abord en Orient, à Jérusalem même. Saint-Ephrem, Saint-Basile, Saint-Jean-Chrysostome figurent au premier rang de ces fondateurs (5), p. 86).

Il est fait mention de ces hospices à Sébaste, dans le Pont, vers 355. Saint-Epiphane assure qu’ils étaient communs de son temps, mais le plus céièbre est celui de Saint-Basile, à Césarée, vers 373 ; Saint-Grégoire (Oratorio XLIHII) décrit avec admiration cet établissement ouvert à tous les genres d’inforiunes (voir au chapitre : hygiène dans les hôpitaux).

La législation civile favorise ces fondations et les place sous la direction suprême des évêques (Cod. Just. I, tit. III, 1. 42 — cité par Lallemand (5).

De plus, des chrétiens recueillent les enfants délaissés et prennent l’engagement, au pied de l'autel, de les élever comme leurs propres fils, si les parents qui les ont abandonnés ne les réclament pas dans un certain délai. Le premier concile de Vaison (en 442, canon 9), devait consacrer et réglementer cette pratique.

En Occident (Chastel, p. 272 (7), ces œuvres d’assistance aux enfants trouvés restent plus longtemps sous la forme d'œuvres de charité individuelles. Au V° siècle, l’usage s’introduit à Arles, Trèves, Mâcon, Rouen et d’autres villes de la Gaule, de les recevoir dans une coquille de marbre placée à l'entrée de l'église. Le sacristain (matricularius) les recueille, le prêtre les inscrit sur un registre et cherche quelqu'un qui voulût

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