IT LES HOPITAUX DE COUVENTS
Dès les premiers siècles de leur existence, les couvents donnent aide et assistance aux malades et aux miséreux, aux lépreux et aux estropiés. Ils possèdent tous des installations spéciales (infirmaria, hospitale
pauperum), affectées les unes aux hôtes réguliers des couvents, les autres aux étrangers.
Les conciles et leurs règles les obligent à construire des hôpitaux. Le premier synode de Boniface, en 742, ordonne que tout couvent ait pour annexe une xénodochie. Praejectus, évêque d’Auvern (674) en fait, à ses frais, construire une d’après le mode oriental, et il en confie la charge à des médecins («ef medicos vel strenuos viros, qui hanc curam gererent, ordinavit» (3). Weyl, p. 229). L'abbé Desiderius, du Mont-Cassin, bâtit également une xénodochie en dehors de la porte de clôture du monastère.
Par le trente-sixième article de sa règle, Saint- Benoît (480-543) enjoint à ses frères de soigner les malades : «Tout frère malade aura une cellule particulière et un gardien craignant Dieu, appliqué et soigneux ». L’abbé veillera lui-même à ce que les domestiques ne négligent pas les malades (Migne, vol. 66, p. 581).
L'abbaye bénédictine de Fontanelle ou Saint-Vandrille, près Rouen, fondé vers le milieu du VE siècle, est déjà muni d’un hôpital, avant sa magnifique transformation par l’abbé Anségis (822-833).
Le couvent de Corbie, sur la Somme, entretient vers 822 un hospitium infirmorum. Vers la même époque (820, l’archiprêtre Adelmus fonde à Salerne un hôpital public, en communication avec le couvent des Bénédictins (Puschmann, p. 171).
Le quartier des malades est séparé du corps principal. « Locus autem ægrotantium, dit la règle d’Isidore d’Espagne, remotus erit à basilica, vel cellulis fratrum,
ut mulla inquietudine vel clamoribus impediantur » (Schlosser).
L’infirmerie de Saint-Trond (*) semble très confortable : « Domus infirmorum habens fumarium, sive focarium capellulam, lobiam, cameram dispensatoriam, cameram privatam aliamque privatiorem, ortum autem eque postibus tabulis spinis munitum, ut esset ex ære et viriditate infirmorum aspectibus refrigeriumn ».
Le lecteur n’a pas oublié qu’au monastère bénédictin de Hirschau, le prieur doit faire une ronde, le soir, au quartier des malades.
Le plan de Saint-Gall, de 820, mentionne un hôpital isolé, le bâtiment des saignées, l’habitation du médecin et de ses aides, avec pharmacie et logements spéciaux pour les sujets gravement atteints, « locus valde infirmorum », vraisemblablement des contagieux ; à proximité, la cuisine et les bains réservés aux malades (Keller).
En 720, Othmar, abbé de Saint-Gall, a déjà construit un <hospitiolum» pour les lépreux et des « mansiones » pour les pauvres (3), p. 301.
L’Ordo Farfensis, l’un des plus anciens devis de construction du Moyen-Age qui nous soit parvenu, donne la description d’un autre couvent situé dans les Monts-Sabins : nous y avons déjà fait allusion. Dans ce couvent de Farfa, le quartier hospitalier comprend six cellules de malades, dont quatre de même grandeur (8 m. 90X7 m. 60) avec 8 lits et autant de cabinets
(*) Abbaye fondée en 657 par Saint Trudon, dans le Limbourg belge.
De
d’aisance. On y trouve encore une salle de bains pour les malades, qui, le samedi soir, s’y lavent les pieds, et une dernière salle où les serviteurs nettoient les objets et les vêtements appartenant aux malades. L'hôpital d’Aegidius, fondé en 1120, par Saint-Otto, au pied du Michæisberg, près de Bamberg, est soumis par son fondateur à la surveillance du couvent de Saint-Michel. Il comporte un dortoir commun pour les pauvres, ainsi qu’une chambre séparée destinée aux paralytiques. Cet hôpital sera détruit au XV® siècle.
Au Mont-Cassin, le quartier des malades s’édifie sous l'abbé Odesirius, de 1088 à 1106. Avec sa salle de bains et ses citernes, il surpasse en dimensions et en beauté les bâtiments primitifs de l’abbé Desiderius, provisoirement élevés par lui, en 1057, lors de la reconstruction du couvent (3), p. 301.
Les Cisterciens acquièrent aussi de grands mérites en soignant les malades. À Baumgarten ob der Ens, Himmenrode, Walkenied, Volkerode et Hernalb, ils entretiennent des hôpitaux destinés aux pauvres. En 1208, Siegfried de Blankenbourg en érige un près de Michoælstein ; Pforta en possède un près de Naumbourg, et Celle à Freiberg (Uhlorn, vol. IL, p. 80). Le mérite apprécié de ces moines leur attire la direction d’hôpitaux municipaux, comme celui de Sainte-Gertrude à Erfurt.
En France, l’abbaye de Marmoutiers reçoit, dans sa vaste infirmerie, un nombre important de malades, gens de l’abbaye ou personnes du dehors qui s’y font transporter pour y recevoir des soins éclairés (Dubreuil- Chambardel, p. 25).
Les bâtiments de l’infirmerie de l’abbaye de Bour-
gueil sont de même très grands et recueillent des malades de l'extérieur. La charge d’infirmier est un office claustral richement doté de revenus terriens et de rentes (/dem, p. 52).
En Touraine, le monastère de Noyers construit au XI° siècle, une vaste infirmerie, afin d’hospitaliser toutes les personnes qui réclament des soins médicaux (Idem, p. 61). Au début du XII siècle, le nombre des malades s’accroît au point de nécessiter pour eux une chapelle spéciale (1134). Les religieux ne se contentent pas de linfirmerie conventuelle ; on leur doit, non loin du bourg de Saint-Gilles, près de l’île Bouchard, la léproserie de Saint-Lazare.
Le vocable d’assistance publique n’est pas encore en usage, mais la chose existe : les soins donnés aux malades et aux pauvres dans les couvents, jusqu’au XIII siècle, sont une des plus admirables pages de l’humanité vraie.
NOTES DU CHAPITRE