ALIMENTATION EN EAU
L'alimentation en eau, de tous temps, préoccupe les peuples.
Dans l’antiquité, Rome avait le renom d’être la ville la mieux pourvue d’eau ; si elle conserve cette réputation jusqu’à l’époque contemporaine, elle le doit à l’activité des papes (Weyl (1), p. 13 à 19).
À plusieurs reprises, les acqueducs romains semblent voués à la disparition. Pendant le siège de Rome par les Ostrogoths, sous Vitigès, en 537, les assiégeants coupent tous les aqueducs de la ville. Bélisaire, général de Justinien I*, en ferme les débouchés dans la ville afin
d'empêcher les ennemis d’y pénétrer par ce chemin, comme il l’avait fait lui-même pendant le siège de Naples. Ainsi, les dernières conduites romaines sont rendues inutilisables et Rome n’est plus alimentée que par l’eau des sources prenant naissance à l’intérieur même de la ville.
Vers 630, le pape Honorius I, puis Adrien (772-795) et Grégoire IV (827-884) entreprennent de reconstruire l’aqueduc de Trajan : Adrien I* relève également, vers 780, celui de Claude ; mais durant les deux siècles suivants, l'Aqua Marcia probablement refuse son service et Rome ne reçoit presque plus l’eau des travaux anciens, l’eau manque même dans les fonts baptismaux (Gregorovius, Fea, Cassio). Les acqueducs s’écroulent, faute d’entretien suffisant et par suite des dégradations que commettent pendant le siège de Rome les empereurs Frédéric I (1160) et Frédéric II (1240). La situation s’aggrave encore pendant l’exil des papes à Avignon, tandis que l’anarchie règne en maîtresse dans la ville. L’eau est alors colportée par des porteurs et se vend à prix élevé.
Au XV° siècle, on redouble de zèle et on reconstruit les aqueducs. Paul IT les fait entretenir régulièrement («quod conservatori semel in mense inquirant fontem Trivii >. Statut de 1649 — art. 133 — dans le livre de Rodocanachi, p. 164) (2).
Les papes Nicolas V (1447-1455) et Six‘e IV restaurent la fontaine Trevi, alimentée par l’aqua Virgo, mais ce sera Benoît XIV qui pourra se vanter de lui avoir rendu son ancienne splendeur.
Depuis 1587, sous Sixte V, l’Aqua Felice, et depuis 1602, sous Paul V, l’Aqua Paola coulent à nouveau dans
la ville. L’eau de ces conduites a suffi jusqu’à ces dernières années à la ville de Rome.
Dans les pays où elles étendaient leur domination, les autorités romaines cherchaient avec ardeur une solution au problème de leur alimentation en eau potable. Les vestiges de tels travaux ne manquent pas en France, en Espagne, en Germanie, en Grèce.
Au Moyen-Age, on ne se désintéresse pas de cette question. Les règlements, en particulier les pénitentiels, offrent de nombreuses preuves de cette préoccupation.
On punit très sévèrment toute souillure des puits. Dagobert I ordonne, en 630, qu’en pareil cas le coupable paie 6 sols d’amende et fasse nettoyer le puits. Les lettres pastorales des évêques du IX° siècle s’occupent de la souillure des eaux dans les assemblées ; elle s’enquièrent, par exemple, si l’on n’y boit pas de l’eau dans laquelle se serait noyé un animal comme une souris (Weyl).
Des adresses interdisent et sanctionnent toute souillure de ruisseaux ou de fontaines.
Que l’on consulte les écrits du moine anglais Jean de Salisbury, évêque de Chartres en 1176, on constate que l'autorité ecclésiastique déplace églises et couvents, en pénurie d’eau. Honoré III autorise, en 1219, le transfert à Salisbury de la cathédrale Old Sacrum, car les chanoines « aquam coguntur tanta pecunia comparare quæ alias posset sufficere ademptionem communis potus regionis üllius » [Registrum Sarisberiense ed Jones (Rolls series 1884) IL, 6)].
Une des plus anciennes conduites du Moyen-Age est celle du couvent de Saint-Gall, elle date du IX* siècle ;
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il en est une des plus ingénieuses au couvent de Lobbes, Belgique (Weyi).
TRAVAUX DE DÉFENSE CONTRE LES EAUX, D'ASSÈCHEMENT ET D'IRRIGATION. — Dans le haut Moyen-Age, par suite des dernières invasions et des guerres, la majeure partie du sol de l'Occident est le domaine de la forêt, de la lande ou du marécage. L’assainissement, puis l’utilisation du sol est encore dû en grande partie à l'Eglise, qui fait de la colonisation une œüùvre sainte ; les principaux artisans en sont les ordres monastiques français (Boissonnade (3), p. 281). Les 2.000 prieurés de nos Clunisiens, les 3.200 abbayes de nos Cisterciens, les nombreux monastères de nos Chartreux et Prémontrés sont les centres de ces milliers de pionniers. Les chefs d'Etats féodaux ou monarchiques contribuent également souvent à ce mouvement de colonisation.
En même temps qu’en Angleterre, aux Pays-Bas et en Basse Allemagne, les moines dessèchent en France (idem, p. 282), les terres basses où marais de Saint- Omer et du Calaisis, les marais du pays de Caux, de l'estuaire de la Seine, de la Dive, du bas Cotentin, de la basse Loire, de la basse Provence, de la Limagne, etc. Les associations dè « levadiers >» endiguent le bas Rhône ; le marais Poitevin est sillonné de lignes de «bots > (digues) et de réseaux d’écluses et de canaux.
En haute Italie, princes, abbayes cisterciennes, paysans, s'unissent de même et dessèchent et assainissent les marais du Mantouan, du Ferrarais, du Crémonais, du Bas-Milanais, etc...
C’est à cette magnifique colonisation (id. p. 285), qui constitue l’un des titres de gloire de l'Occident chrétien,
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et où la France joue le principal rôle, qu’est due l’hégémonie des pays d'Occident.
Paragraphe 2?