HYGIENE DES RUES
Dans les premiers temps du Moyen-Age, les grandes voies romaines servent seules au trafic de notre côté des Alpes.
Les rois francs, dont les ordonnances ne sont souvent pas exécutées, n'arrivent guère à entretenir l'héritage des temps passés (1) (Weyl, p. 35).
Le développement des villes apporte une amélioration à ce régime de choses ; la route se continuant à l’intérieur de la ville, il faut qu’au moins là elle soit en bon état. L’entretien consiste d’abord à balayer la boue et à combler les trous.
Peu à peu, on reconnaît la nécessité du pavage ; on ne veut pas seulement faciliter le trafic, on a surtout en vue l’assainissement de la rue. On sait la réputation de Paris, autrefois Lutèce, ville pleine de boue. Il faut remonter à Philippe-Auguste pour trouver les ordonnances de pavage des rues principales aux frais des habitants. Un malaise du roi, regardant par les fenétres de son château, — aujourd’hui le palais de justice, — et fortement incommodé par l’odeur de voitures de déchets passant dans la rue, provoqua ces ordonnances (4) (Franklin).
En Angleterre, il faut, sous Edouard 1°, en 1300, une sommation fondée de l’Université, alors aux mains du clergé, pour que la ville d'Oxford, où la malpropreté des rues engendre de terribles épidémies, soit pavée (Weyl, p. 38).
Un siècle plus tard, Londres suit cet exemple, puis d’autres villes anglaises.
Vers la fin du Moyen-Age, l’administration des villes, presque toujours sous l'influence de l'Eglise, interdit le dépôt des immondices dans les rues et les places.
Dès la seconde moitié du X° siècle, Erchenbald, évéque de Strasbourg (965-991) ordonne le dépôt des déchets et ordures à certains lieux prescrits, et il organise le nettoyage des rues. Les villes de Bâle et de Krakau édictent de semblables ordonnances, respectivement en 1417 et 1373 (Weyl, p. 45).
Un grand ennemi de la propreté des rues est la divagation des porcs. Elle n’est interdite que vers la fin du Moyen-Age par des ordonnances de police, dont les premières semblent avoir été prises en France (dès le début du XIF siècle, à Paris. — Franklin) (4).
À Strasbourg, par contre, sous l’évêque Erchenbald, l'élevage des porcs est permis, à condition que leurs gardiens soient employés au nettoyage des rues (Weyl, p. 46). |
Au Danemark, l'Eglise suscite une loi sur l’entretien consciencieux des chemins et des ponts (Hurter (6), p. 266). Car les voyages deviennent fréquents, et urgente est la nécessité d’édifier des ponts. Des associations pieuses, se chargent alors de réunir les fonds nécessaires à ces constructions longues et difficiles, et de secourir les voyageurs malades : ce sont les Frères Pontifes
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(voir chap. les ordres hospitaliers). Leurs travaux ont la plus étroite relation avec l’histoire des asiles de nuit: il y a presque toujours un hospice établi à la tête des ponts d’une certaine importance ou au moins dans le voisinage immédiat (7).
À Rome, le nom des papes s’attache à l’histoire de l'hygiène urbaine, et pendant le transfert de la cour pontificale à Avignon, cette influence salutaire s’éclipse avec elle ; la ville présente un aspect lamentable ; les rues sont encombrées d’immondices, défoncées ou hérissées de pierres, les places publiques servent de dépotoirs, partout ce n’est que cloaques (Rodocanachi (2), p. 149).
Martin V réagit contre ce laisser-aller et, le 31 mars 1425, il publie un bref : «Les bouchers, les marchands de poissons, les peaussiers, les tailleurs ont envahi les plus beaux quartiers et y exercent leur industrie, jetant sur la voie publique les viscères, les intestins, les têtes, les pieds, les carcasses, les peaux des animaux tués, des poissons pourris, du fumier, des matières fécales ». Les murailles tombent en ruine, les ponts s’effondrent. Pour remédier à cet état de choses, il renouvelle la magistrature disparue des « magistri ædificiorum ». I1 accroît le pouvoir de ces administrateurs, en leur donnant également le titre de <« magistri viarum> que justifient leurs nouvelles fonctions. :
Calixte II, le 16 juin 1455, étend encore les pouvoirs de ces « magistri », chargés de veiller à la propreté des voies et à la viabilité.
Paul II manifeste sa sollicitude envers le peuple en faisant nettoyer les rues, curer les égouts, visiter les aqueducs, afin d'empêcher le retour de la peste, et de
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mettre un terme aux épidémies de plus en plus meurtrières (2), p. 164). La protection des eaux qui alimentent la fontaine Trévi est assurée avec un soin tout particulier (articles CXXVI à CXXXI des nouveaux statuts de 1469) ; défense est faite de détourner ces eaux. Il est interdit de jeter dans le cours du Tibre des immondices (quod nullus projiciat immunditias in cursibus aquarum) sous peine d’une amende de 40 sols (article CLXIII des nouveaux statuts de 1469) (Rodocanachi (2), p. 164). :
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