L'ACTION DE L'EGLISE
LA SANCTIFICATION DU MARIAGE. — Dès son origine, l'Eglise proclame la sanctification du mariage. L’adultère n’est plus seulement interdit à la femme, il lest encore au mari. « Comme la femme n’appartient qu’à son mari, le mari ne doit appartenir qu’à sa femme ». C’est le langage de Saint-Ambroiïise : « Omne stuprum adulterium est, nec viro licet quod mulieri non licet >. (Corpus juris canonici — ed. Friedberg — pars prior, p. 1128 — cap. IV-1879) (2).
SA MISÉRICORDE. — Jnspiratrice constante et guide respecté au Moyen-Age, l'Eglise lutte sans cesse contre la prostitution (Rabuteaux, p. 19) (3). Il n’y avait aucun vice qui soit une révolte plus audacieuse contre la foi chrétienne, qui répugne davantage à ses principes de renoncement. Mais l'Eglise tient compte de la faiblesse humaine et ne refuse pas son pardon à la coupable repentante.
Des chrétiens, d’ailleurs, ne sauraient oublier qu’urie courtisane a essuyé de ses beaux cheveux les pieds du Christ, après les avoir inondés de ses larmes, et qu’elle a été pardonnée par de magnifiques paroles qui révèlent, dans l’amour même le plus déréglé, les traces de sa divine origine, La foi nouvelle a donné aux générations, pour ouvrir les portes du ciel, la clef d’or du repentir (Rabutaux). «Nous ne demandons pas aux chrétiens, disait Saint-Jérôme (Epistola ad Furiam)
comment ils ont commencé, mais comment ils finissent». «Non quæruntur in Christianis initia sed finis. Paulus male cœpit sed bene finivit.…. Quanto fœdior tanto pulchrior » (S. Hyeronimi, epistolæ, edit. de Paris, 1553, epistola ad Furiam, I, p. 29).
Ainsi, depuis Saint-Jérôme et Saint-Augustin jusqu’à Saint-Thomas, depuis le concile d’Elvire, au commencement du IV: siècle, jusqu’à celui de Milan, vers la fin du XVI: siècle, l'Eglise ne se lasse pas de s’élever contre les impuretés de la chair ; mais, miséricordieuse avant tout, elle aplanit toutes les voies du retour et du pardon devant les victimes des passions qui sont de tous temps.
La loi romaine couvrait d’une infâmie indéiébile la femme coupable et en lui interdisant le mariage, le christianisme ne voit en elle qu’une pécheresse (mot plein d’espérance, qui fait, dans le lointain, entrevoir le repentir) ; et il épuise toutes les indulgences pour la ramener au bien.
Le concile d’Elvire, le concile d’Aix, entre autres, réconcilient, sans exiger aucune pénitence, la femme débauchée qui, renonçant à ses désordres, se marie et conserve la foi conjugale. Dans l’âme corrompue et flétrie, la foi reconnaît encore la création de Dieu et s’efforce de lui rendre sa primitive beauté (Rabutaux, p. 19) (3). C’est la brebis égarée de l'Evangile à ramener dans le troupeau. N’y aura-t-il pas plus de joie dans le ciel pour un pécheur qui se repent que pour 99 justes ? Et on peut lire dans les canons du concile de Tolède de 750 : « Licet fuerit meretrix, licet multis corruptoribus exposita, si nuptiale incontaminatum fœdus serva-
verit, prioris vitæ maculas posterior munditia diluit » (4).
Mais, miséricordieuses aux courtisanes, les lois chrétiennes réservent leur sévérité pour ceux qui exploitent ces malheureuses et vivent de la débauche publique.