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la maison des Sœurs repenties de Sainte-Marie-Magdeleine ne doit pas être un lieu de retraite pour les vieilles courtisanes sans ressources, qui ne trouvent plus à trafiquer de leurs charmes et qui n’auraient rien de repentantes.
Avant son admission, la pécheresse doit faire sa probation, sous forme d’une retraite de 8 à 10 jours, séparée de la communauté, afin d’éprouver sa vocation.
Par le troisième chapitre des statuts, les dignitaires de la maison sont choisies parmi les sœurs : prieure, sacristine, procureuse, cellerière (3/4 litre de vin par jour et par sœur), panetières, infirmières (un médecin est attaché au service du couvent avec des gages à l’année), choristes, portières et quêteuses (ces dernières doivent être choisies parmi les sœurs vieilles et de fidélité éprouvée) (Pansier, p. 43).
Multiplier les maisons de retraite pour les filles dévoyées, afin de leur permettre une fin de vie honorable, réparatrice, tel est le premier but poursuivi par le charitable Moyen-Age ; diminuer le recrutement de la prostitution en facilitant l’existence et le mariage des filles pauvres, tel est son deuxième but, que nous allons maintenant étudier.
IL — Les dotations. — La dotation des filles pauvres, en vue de faciliter leur mariage, est alors une œuvre de charité très répandue. Au XIIE siècle, les testaments mentionnent de nombreux legs « pro puellis maritandis ». Ces dotations deviennent plus importantes et plus riches, à mesure qu’augmente la prospérité du pays ; elles atteignent leur apogée au cours du XIV: siècle. La multiplicité de ces dons nous fait supposer qu’il existe alors une institution chargée officiellement de les cen-
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traliser et de les distribuer (P. Pansier — loc. cit. P: 19):
Voici deux spécimens de ces nombreuses dotations (Pansier, id.).
1264 — IV décembre — Guillelmus Figuera lègue puellis maritandis V solidos (archives de Vaucluse Fonds des Dominicains =H.\3).
1332 — Petrus Martini miles lègque 30 livres pauperibus filiabus maritandis (Ibid — fond de Sainte Praxède —— H. 49).
De plus, il y a dans chaque quartier des cités, comme cela se pratique à Avignon, des œuvres que l’on appelle des « Aumônes »; nous avons déjà vu une des branches de leur activité, à propos des ordres hospitaliers de bourgeoisie. Elles sont de 3 sortes : les Aumônes de métier (souvenir des anciennes corporations) ; les Aumônes d’assistance mutuelle : et enfin les Aumônes de quartier. |
Ce sont des bureaux de bienfaisance de quartier ; le fonctionnement en est assuré par des dotations pieuses ou des prélèvements sur les opérations commerciales de certains corps de métiers. L’aumône de la curraterie perçoit un droit de mesurage sur le tan, celle de la fusterie le droit d’expertises dans la moins-value des bois avariés, etc.
Une grande partie de ces revenus est consacrée à secourir les pauvres e: doter les filles à marier (+).
Dans les comp es de l’Aumône de la fusterie, on trouve des dotations en faveur des filles « prostibulaïi-
(*) Le livre du D’ Pansier, dont nous tirons tous ces renseignemenis, donne une longue liste des ces dotations (p. 16 et 17) extraits des Archives de Vaucluse).
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res», quittant la débauche pour convoler en justes noces.
Dans les archives du Vaucluse (fonds de la ville d'Avignon, registre des mandats, suo loco-cité par Pansier, p. 18), nous voyons qu’au 15 décembre 1429, les syndics font donner par l’entremise du curé de Saint-Pierre, 3 florins d’or à une pauvre femme nommée Adrienne : on lui fait cette aumône pour l’amour de Dieu parce qu’elle veut quitter le péché et n’a pas de quoi vivre.
Le 28 décembre 1430 (même source), une pauvre orpheline, nommée Catherine Lespérance, expose aux consuls que, par violence, elle a été enlevée et entrainée dans la maison publique de la cité ; mais au bout de quelques jours, elle s’est enfuie secrètement ; pleine de bons propos, elle est actuellement sur le point de se marier et elle implore des consuls un subside pour ses noces et pour acheter un vêtement convenable pour cette cérémonie. Les consuls, pleins de mansuétude, lui font donner 2 florins.
D’autres fois, la dotation a pour but de permettre à la courtisane d’entrer aux «Repenties». C’est ainsi qu’en 1365, le 15 avril, l'Aumône de la Fusterie, par l'entremise de 4 dames charitables, fait un don de 3 florins à trois repenties désireuses d’entrer à la Maison Notre-Dame des Miracles d'Avignon (arch. de Vaucluse, Hôpital, aumône de la fusterie — registre 1811, folio 34 — cité par Pansier).
Notons cependant qu’en temps de peste les consuls sont intraitables : en 1494, ils refusent l’entrée de la ville à une vagabonde, suspecte de peste, qui voulait
son admission aux «Repenties». Ils lui accordent néanmoins un secours (Pansier, p. 20).
Pour terminer, laissons parler Rabutaux (3), en une anecdote que l’on peut citer pour illustrer la charité médiévale, qui donne une si vive impulsion à l’assistance sociale :
« Lorsque, dans la deuxième moitié du XIV° siècle, on ouvrit une enquête pour la canonisation de Charles de Blois, * un témoin fut entendu et voici ce qu’il raconta :
« Un dimanche de l’an 1357, le bon Duc, chevauchant dans la campagne, descendait de Dinan et se rendait à son château de Léon, tout près de la ville ; derrière lui marchaient Alain du Tenou, son argentier, Geoffroy de Pontblanc, le maître de son hôtel, le chevalier Guillaume le Bardi et quelques hommes d’armes qui formaient la suite. Sur le bord de la route, il vit une femme assise, triste et d’un aspect misérable, et, s’approchant d’elle, lui demanda ce qu’elle faisait en ce lieu. « C’est ainsi, lui répondit-elle, que je gagne le pain dont je me nourris », voulant dire qu’elle se livrait à la débauche. Charles se retira vers son escorte et donna l’ordre à son argentier d’interroger plus longuement la vagabonde. Celui-ci apprit qu’elle était de Dinan, qu’elle s’appelait Jeanne du Pont, et que la misère seule lui avait fait embrasser cet odieux métier. Charles, alors, l’appela de nouveau, et lui reprochant avec sévérité de profaner un jour consacré au culte du Seigneur, lui demanda enfin combien il lui faudrait donner pour qu’au moins elle respectât cette sainte journée. « Vingt sols, repritelle, me suffiraient pour vivre honnêtement pendant tout un mois ». Et le Duc, portant la main à sa bourse modeste (modicam bursam) lui en compte 40. Jeanne, joyeuse et libre de son impur esclavage, promit de s’abstenir aussi longtemps qu’il lui serait possible, maïs au moins pendant quarante jours (saltem usque ad XL dies). Geoffroy de Pontblanc voulait lui en faire prêter serment, et Charles l’arrêta, dans la crainte du parjure. I1 s’éloigna après quelques exhortations nouvelles.
« Jeanne n’oublia pas les conseils de la sagesse, et tint plus qu’elle n’en avait promis. Les 40 sols du Duc étaient pour elle une dot ; elle renonça à la vie dissolue, et mariée à un garçon du pays, le fils de Matthieu Ronce de Pludilhan, elle sanctifia auprès du foyer domestique une vie si mal commencée ».