‹ L'Église et l'Hygiène au Moyen-ÂgeChapitre 70 sur 77 · OO · texte numérisé non relu

OO

connaissance qu’un habitant de son diocèse est atteint de cette maladie, il devra sur les biens de son église, dans la mesure du possible, lui distribuer vivres et vêtements (1). |

D’après le concile de Lyon, en 583, les lépreux de chaque ville doivent recevoir de leur évêque la nourriture et l’habillement, ei ne doivent pas aller mendier au dehors (2).

Les monastères, en recueillant les ladres, entrent dans les vues de conciles. Saint-Romaric, second abbé de Remiremont (VII: siècle) rassemble pour les assister, quelques pauvres filles lépreuses. Il les isole dans une cellule située auprès de la communauté et il leur défend de vivre avec les autres religieuses (8).

Assurer aux lépreux l’existence matérielle n’est pas remplir tout le devoir de charité. On ne peut leur refuser les secours de la religion. L’évêque Saint- Boniface estime que les chrétiens atteints de lèpre peuvent participer à la communion. Mais à la condition de n'y être pas admis avec les autres fidèles (9).

Le concile de Latran (1179) dispose (canon 23) qu’en tout lieu où les ladres vivent en commun et sont en assez grand nombre pour avoir une église, un cimetière et un prêtre particulier, il ne sera fait aucune opposition à leur demande. En outre, ils seront dispensés de fournir la dîme des fruits de leurs jardins et des bestiaux qu’ils nourrissent.

Dans les statuts réglementaires publiés vers l’an 1325, par Hakon, évêque de Bergen, il est dit que la sainte loi de l'Eglise, pour éviter la contagion, ne permet pas à un homme, atteint de la lèpre, de demeurer plus longtemps parmi la population saine, et que cette

able

défense n’est pas faite en vertu d’une décision arbitraire, mais qu’elle est tirée d’une ancienne loi (cité par Jeanselme, loc. cit. p. 30).

Dans les Etats Baltes, la prophylaxie de la lèpre fut instituée par les ordres religieux. La plus ancienne léproserie de l’Esthonie aurait été fondée à Reval vers 1230 par l'Ordre français de Saint-Lazare. En Lettonie, l’Odre des Porte-Glaive avait l’obligation, d’après ses statuts, d'assister les malades, d’où la part active qu’ils ont prise à la fondation des léproseries (Jeanselme, loc. cit p. 33).

Recherche et diagnostic de la lèpre. — Dans

les premiers temps du Moyen-Age, alors qu’on manque certainement de médecins, toute personne suspecte de lèpre est conduite, comme au temps de Moïse, au « Sacerdotem leviticum > pour la reconnaissance officielle de sa maladie. Cependant, d’après le synode du Poitou, en 1280, ce diagnostic ne devient officiellement acquis qu'après confirmation par le chapître du diocèse (10). Aussi, lorsque la rumeur publique accuse un habitant de mezèlerie, l’évêque ou l’Official instruit le procès du ladre et le fait visiter.

En beaucoup de régions, ce sont des lépreux euxmêmes qui constituent le jury d'examen, et certains se sont acquis une grande réputations d’experts (3), p. 37 et (10), p. 130.

Ce système offrait peu de garantie, d’abord à cause du savoir souvent assez mince des ladres, et surtout à cause de lintérêt qu’avaient les lépreux à ne pas recevoir parmi eux un nouveau confrère qui, s’il était pauvre, pouvait diminuer leur quote-part de revenu.

SO) a

Aussi leur verdict était souvent contesté, ce qui avait introduit l’habitude de faire pratiquer l'examen par les ladres d’une autre ville. De plus, et ceci donne à penser que les lépreux ne devaient pas être mal soignés, beaucoup de gens, nullement malades, soilicitaient la faveur d’entrer dans uen léproserie pour y finir leurs jours dans l’aisance et la tranquillité (3) (p. 38).

Dès le XIVe siècle, aux ladres experts sont adjoints dans le jury des médecins et fréquemment la supérieure du couvent dont dépend la léproserie et dont on ne peut contester l’expérience acquise par une vie consacrée aux soins des lépreux. A la longue, on laissa uniquement aux médecins le soin de dépister la lèpre.

Si le résultat est négatif, l’Eglise fait publier dans la paroisse des lettres proclamant que le suspect est exempt de lèpre. Dans le cas contraire, on procède à la cérémonie religieuse, dont le but est de séparer le ladre de la population saine.

Quelles qu’en soient les variantes, cet office a toujours la même signification : faire connaître à tous qu’un habitant de la paroisse est atteint de la lèpre et que nul désormais ne doit plus avoir commerce avec lui. En exécutant lui-même la « mise hors le siècle », le pouvoir ecclésiastique confère à la sentence d’exclusion le poids de son autorité (Jeanselme, p. 66).

La portée prophylactique de l'office est d'autant plus grande qu’il comporte nécessairement la lecture à l’église, au cimetière ou sur le seuil de la borde assignée au ladre, d’un certain nombre de prescriptions appelées « Deffenses », presque toujours rédigées en langue vulgaire pour que le relégué puisse bien les comprendre. Ce petit code sanitaire est toujours le

Page 1