‹ L'Église et l'Orient au Moyen ÂgeChapitre 109 sur 268 · LUCHAIRE, op. cit., p · texte numérisé non relu

LUCHAIRE, op. cit., p

ayant appris que les princesses se trouvaient parmi eux, il leur envoya des provisions et chercha à s'emparer d'elles pour en tirer une riche rançon. Ses tentatives échouèrent grâce à l'arrivée de Richard qui fit débarquer son armée sans hésitation devant Limassol. Après des négociations qu'il fut le premier à rompre, Isaac Commène s'enfuit au centre de l'île, à Nicosie, pendant que Richard faisait célébrer son mariage à Limassol par l'archevêque d'York devant le roi Guy de Lusignan, venu pour le disposer en sa faveur. Puis Isaac Commène s'étant porté à la rencontre des Anglais avec toutes ses forces, une bataille s'engagea dans laquelle l'empereur de Chypre fut fait prisonnier. Richard le fit charger de chaînes qui furent, à sa demande, d'or et d'argent, puis il entra à Nicosie, reçut les serments des habitants et s'empara des trésors d'Isaac, pendant que Guy de Lusignan occupait le port de Famagouste^ La conquête de Chypre devait être d'une importance capitale pour l'avenir des expéditions 'chrétiennes en Orient.

I Lorsque Philippe-Auguste et Richard Cœur-de-Lion 'parurent devant Saint-Jean d'Acre il y avait déjà deux ans que le siège se traînait sans grand résultat, malgré les forces immenses, 600.000 hommes d'après un chroniqueur arabe-, rassemblées devant la place. Comme toujours la discipline et l'unité de commandement faisaient défaut aux chrétiens. Une furieuse rivalité avait éclaté entre Guy de Lusignan et le marquis de Monlferrat : ils ne songeaient qu'à circonvenir les nouveaux arrivants pour les enrôler dans leur parti. D'autre part le camp des croisés était devenu, à la longue, une grande ville construite presque à demeure avec des églises, des marchés et des bazars dans lesquels on

i. De Mas-Latrie, Hist. de Chypre, I, p. 3-14. 2. Rachid-ed-Din.

voyait tous les produits de l'Orient; Finaction forcée dans laquelle se trouvaient les troupes était fa-i taie à la discipline. Avec le commencement de l'hiver,! les ravitaillements, qui se faisaient uniquement par mer, étaient interrompus, et une période de disette et de souffrances commençait pour les croisés. Durant l'hiver de 1190-91 il fallut écorcher les beaux destriers pour avoir de la viande ; des chrétiens se sauvaient au camp des Turcs et se faisaient musulmans pour avoir à manger ; on récoltait de l'herbe pour faire des potages. Deux sergents qui n'avaient pour toute fortune qu'un denier angevin, convinrent, après avoir longtemps délibéré, de l'employer à acheter des fèves; le marchand leur en donna treize pour leur denier et dans le nombre il s'en trouvait une percée ; un des sergents n'hésita pas à faire une longue route pour allei la changer. D'autres fléaux se joignirent à la famine : les pluies d'hiver inondèrent le camp et amenèrent une épidémie. « Chacun se prit à tousser et à s'enrouer e1 à s'enfler des jambes et de la tête. » Les dents tombaient de la bouche. Enfin avec le printemps arrivèreni des barques chargées de provisions et dujour au lendemain le blé tomba de 100 besantsà 4 besants le muid ^ A la nouvelle de l'arrivée des chrétiens devan Saint-Jean d'Acre, Saladin s'était porté au secours d( la place avec toutes ses forces, mais il arriva un jeu trop tard (29 août 1189); il put cependant, au mois d. septembre, forcer la ligne des chrétiens et faire pénétre des provisions dans la ville. Il établit ensuite son camj sur le mont Saron et ne cessa de correspondre ave Saint-Jean d'Acre soit par des pigeons voyageurs, soi au moyen d'excellents plongeurs qui parvenaient gagner le port. Le 4 octobre 1189, les croisés résolu

i. Ambroise, éd. P. Paris, v. 4203-4o51.

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•entde Tattaquer et, dans un magnifique élan, gravirent a colline occupée par les musulmans : le comte de Bar Urvint jusqu^à la tente de Saladin qui put à grand'- 3eine réunir autour de lui quelques mamlouks, tandis p'au milieu de la confusion les esclaves cherchaient à emporter les bagages et s'enfuyaient déjà sur le cheimin de ïibériade. Malheureusement l'indiscipline des croisés vint tout compromettre : pendant qu'ils pillaient son camp, Saladin rallia les fuyards; un incident vulgaire, un cheval échappé vers la ville que des soldats voulurent poursuivre, mit le trouble dans l'armée chrétienne. Les chevaliers désemparés ne purent soutenir à leur tour le choc des Sarrasins ; les chefs furent entraînés par la multitude des fuyards qui jetaient leurs armes dans une panique indescriptible. Guy de Lusignan sauva la vie à son rival Conrad de Montferrat, entouré par les ennemis. Seuls les Templiers tinrent bon et couvrirent la retraite au prix de pertes énormes. « Ne plaise à Dieu, répondit le grand maître à ceux qui l'exhortaient à fuir, qu'on me revoie jamais ailleurs et qu'on puisse reprocher au Temple qu'on m'ait trouvé en fuite. »

Cette malheureuse tentative pour se débarrasser de Saladin ne fut pas renouvelée et les chrétiens portèrent tous leurs efforts du côté de Saint-Jean d Acre. Tous les procédés de balistique connus au xii« siècle furent employés. Les chrétiens construisirent des béliers et des tours roulantes, mais les assiégés les incendiaient à l'aide du feu grégeois ou les démolissaient avec leurs « pierrières «.Musulmans et chrétiens en effet avaient de puissantes machines de jet, les a pierrières » ou « châbles » qui, mues par des ressorts ou des cordes bridées, lançaient d'énormes pierres avec un grande précision; on les abritait sous des claies avec lesquelles on formait une « cercloie » des-

tinée à les garantir de l'incendie ou de la destruction. Dans les tours de Saint-Jean d'Acre se trouvaient aussi de grosses arbalètes que l'on pointait comme des pièces d'artilleries et au moyen desquelles on lançait des carreaux très longs, des barres de fer rouge, des dards garnis de pelotes incendiaires, des fusées de feu grégeoise Philippe-Auguste avait une pierrière appelée Maie voisine qui battait sans cesse les murs, mais elle était souvent endommagée par une pierrière d'Acre que l'on avait surnommée Maie cousine : cependant la machine française finit par démolir la Tour Maudite ^ Le roi d'Angleterre voulut aussi démolir une tour; pendant que les mineurs essayaient de la saper par la base, Richard manœuvrait lui-même des arbalètes protégées par une cercloie et frappait en pleine poitrine les défenseurs qui se présentaient. « Les doubles hauberts, les doubles gambisons » ne pouvaient arrêter les carreaux d'arbalète; le roi avait promis d'abord deux, puis quatre besants d'or à quiconque arracherait une pierre de la tour ; à la fin elle s'effondra, le comte de Leicester et l'évêque de Salisbury plantèrent leurs bannières sur ses ruines, mais la résistance! des Sarrasins empêcha de profiter de cet avantage et l'assaut ne fut pas donné ce jour-là ^. Du côté de la mei^ les Pisans et les Génois avaient essayé le 24 septem^ bre 1190 de s'emparer de la Tour des Mouches qui commandait l'entrée du port ; un énorme château de bois) construit sur deux galères fut approché des mur&l et on put y appliquer des échelles, mais malgréi la couverture de cuir qui protégeait la tour et les galères, les Turcs parvinrent à brûler cet engin avec le feu grégeois''. '

n 4. Ambroise, V. 3551-3?>61, 3880-3897.

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