‹ L'Église et l'Orient au Moyen ÂgeChapitre 114 sur 268 · RICHARD CŒUR DE LION EN PALESTINE · texte numérisé non relu

RICHARD CŒUR DE LION EN PALESTINE

fera l'ordre de chevalerie à Malek-el-Kamil, fils de Malek-el-Adil avec lequel fut élaboré un plan de partage de Jérusalem et de la Terre Sainte entre les chrétiens et les musulmans. Puis, comme il venait de recevoir de mauvaises nouvelles d'Angleterre, Richard voulut, avant son départ, assurer l'avenir de la Palestine. Ayant appris que les garnisons qu'il avait laissées dans Tîle de Chypre étaient sans cesse attaquées par les indigènes, il résolut de se défaire de sa nouvelle conquête et la vendit aux Templiers moyennant 100.000 besants d'or, dont 40.000 lui furent remis immédiatetement ^ Mais les Templiers ne surent pas s'implanter dans l'île de Chypre : les impôts et les mauvais traitements dont ils accablèrent les indigènes excitèrent bientôt des révoltes. En face de la population ils disposaient de forces vraiment trop restreintes, 120 hommes, dont 14 chevaliers du Temple qui, assiégés au château de Nicosie, durent s'ouvrir un passage les armes à la main. Le grand maître du Temple restitua l'île au roi Richard et Guy de Lusignan lui proposa de se substituer aux Templiers comme acquéreur. Par un accord du mois de mai 1192, Guy reçut l'île de Chypre aux mêmes conditions que les Templiers : il dut payer 60.000 besants d'or au roi et restituer la somme avancée par les frères du Temple ^.

Guy de Lusignan avait déjà renoncé au royaume de Jérusalem. Les barons, consultés par Richard, déclarèrent qu'ils voulaient Conrad de Montferrat pour roi; mais le jour même de son couronnement à Tyr, il fut frappé par deux Assassins du Vieux de la Montagne. Le comte Henri de Champagne, qui était à la fois le neveu de Richard et de Philippe-Auguste, fut acclamé

i. CoNTiN. GuiLL. DE T\R, XXVI, 24. Le mafcbé fut conclu pendant le siège de Saint-Jean d'Acre. Mas-Latrie, Hist. de Chypre, T, 29. 2. CoNTiN. Glill. de Tyr, M. — De Mas-Latrie, I, p. 32-34, 37-38.

comme son successeur et épousa sa veuve ^ Ces dispositions arrêtées, Richard Cœur-de-Lion se prépara à quitter la Palestine : à la suite d'un sermon de son chapelain, Guillaume de Poitou, il se décida à rester et étudia un plan de diversion sur l'Egypte. Le 23 juin, il allait lui-même enlever une caravane égyptienne qui traversait la Syrie. Cet acte fut le signal de la reprise des hostilités. Saladin vint assiéger Jaffa, dont les défenseurs se réfugièrent dans la citadelle. Parti d'Acre avec la flotte, Richard parut devant la place le l^'" août : après avoir tourné les navires du côté de la ville, il se jeta à l'eau jusqu'à la ceinture, aborda le premier au rivage, chassa les musulmans et établit son camp à la place même de celui de Saladin. Il parvint à réunir autour de lui deux mille combattants, mais trois jours après il était surpris au petit jour par toute l'armée musulmane. Éveillé en sursaut, Richard eut à peine le temps de passer son haubert, et avec quelques compagnons marcha au combat les jambes nues. Dans tout le camp on ne trouva que dix chevaux : le roi et i neuf des siens s'élancèrent dessus et parvinrent à re- 1 pousser l'ennemi. Le roi rangea ensuite son armée en bataille et supporta une charge de sept mille Turcs : plein de fureur, il pourfendit un émir qui le défiait au combat en lui abattant d'un seul coup d'épée la tête, l'épaule droite et le bras droit, puis disparaissant au plus épais de la mêlée, il revint après avoir tué à droite et à gauche « tout hérissé de flèches, semblable « à une pelote couverte d'aiguilles ». Saladin dut abandonner Jaffa, mais l'abstention du duc de Bourgogne et des Français empêcha Richard de marcher sur Jérusalem 2. Le 2 septembre 1192, il conclut avec Saladin une trêve de trois ans ; il s'engagea à détruire

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