GuNTHEli, P. L., CCXII
ïhiband de Champagne fut élu chef de la croisade. On décida d'aller s'embarquer sur des navires vénitiens et six ambassadeurs, parmi lesquels se trouvait Villehardouin, allèrent à Venise pour régler les conditions du passage avec le doge Henri Dandolo K D'après le traité qu'ils conclurent en mars 1201, le gouvernement de Venise s'engageait à transporter en Orient 4.500 chevaliers, 9.000 écuyers, 20.000 sergents à pied, munis de provisions pour neuf mois; de leur côté les croisés acceptaient de payer 4 marcs par cheval et 2 marcs par homme, soit en tout 85.000 marcs (5.015.000 francs), et de céder à la République de Venise la moitié de toutes les terres dont ils feraient la conquête. On décida en outre que le débarquement aurait lieu en Egypte et que les croisés marcheraient sur Babylone (le Caire) « pour ce que par Babylone pourraient mieux les Turcs détruire que par aultre terre ». Le départ fut fixé à la Saint-Jean de l'année suivante (26 juin 1202)2 .
Mais au moment où l'ambassade regagnait la France, mourut le chef même de la croisade, Thibaud de Champagne (6 mai 1201). Ni le duc de Bourgogne, Eude, ni le comte de Bar ne voulurent accepter sa succession et prendre la croix : sur le conseil de Villehardouin, les croisés dans l'embarras résolurent de s'adresser à Boniface marquis de Montferrat, frère de l'ancien rival de Guy de Lusignan ^. Sans aller chercher des causes secrètes à cette détermination, on peut dire que la réputation acquise en Terre Sainte par Conrad, qui avait compté beaucoup de Français parmi ses partisans, suffît à expliquer le choix de son frère comme chef de l'expédition. La prétendue intervention