‹ L'Église et l'Orient au Moyen ÂgeChapitre 125 sur 268 · Villehardouin, p. 24 ss · texte numérisé non relu

Villehardouin, p. 24 ss

de Philippe-Auguste dans cette élection ne repose non plus sur aucun témoignage; la plupart des croisés étaient en mauvais termes avec lui et avaient pris parti pour son adversaire Richard Cœur-de-Lion, D'après Ernoul ce serait même la crainte des représailles possibles de la part du roi de France qui les décida à prendre la croix \ Boniface accepta la proposition des barons qui lui remirent le trésor de guerre laissé par le comte de Champagne et le 14 septembre 1201 il vint solennellement prendre la croix au monastère de Cîteaux *.

Le pape Innocent III avait ratifié (8 mai 1201) le traité conclu entre Venise et les croisés, mais à condition qu'un légat suivrait la croisade et qu'aucun tort ne serait fait à un peuple chrétien quelconque ^. Cette restriction ne peut guère s'expliquer que par une certaine crainte de voir la croisade dévier sur Constantinople ; bien qu'à cette époque il ne fût question que de l'Egypte, le plan d'une conquête de l'empire byzantin était devenu pour ainsi dire populaire en Occident et l'idée de reprendre les projets d'Henri VI devait traverser bien des esprits. Sans doute l'homme qui eût pu incarner cette politique, Philippe de Souabe, était retenu en Allemagne par sa lutte contre les Guelfes, mais il se trouvait justement que le chef de la croisade était son cousin Boniface de Montferrat. Si Philippe de Souabe était le gendre de l'empereur détrôné, Isaac l'Ange, Boniface avait lui aussi dans les traditions de sa famille des liens qui le rattachaient à l'empire byzantin. Un de ses frères, Renier, avait épousé en 1178 la princesse Marie, fille de l'empereur Manuel Com-

i. Ernoul, éd. de Mas-Latrie, Soc. H. de Fr., p. 337.

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