W. NORDEN, Id
154 LE PAPE INNOCENT llî ET L'ORIENT.
après, en effet, au printemps de 1202, Boniface de Montferrat se rendait à Rome afin de régler avec le pape les affaires de la croisade et proposait ouvertement à Innocent III de travailler à cette restauration. « Mais « comprenant que l'esprit du pape était peu favorable « à cette idée, il termina les affaires relatives à la « croisade et revint dans son pays^. » Ainsi, avant même que la concentration des croisés eût lieu à Venise, il existait déjà un projet de diversion sur Constantinople.
Ce fut au mois de juin 1202 que les croisés commencèrent à quitter leur pays pour se diriger vers ritalie. Quelques-uns sembarquèrent en Flandre; d'autres allèrent à Marseille, mais la plus grande partie vint s'entasser dans l'île de Saint-Nicolas sur le Lido-. Les chefs de la croisade étaient à peine arrivés à Venise qu'ils étaient déjà l'objet de sollicitations de Philippe de Souabe et du jeune Alexis. Le prétendant leur promettait pour prix de leur concours les plus grands avantages, le retour de l'église grecque à l'obédience romaine et son appui pour la croisade. Ces négociations furent naturellement tenues secrètes : aucune chronique n'en parle, mais dans la lettre qu'il écrivit à Alexis III, le 16 novembre 1202, le pape les lui dévoila^. On ne sait quelle réponse les barons firent à ces premières ouvertures, mais la série d'événements qui se produisit alors semble avoir été amenée pour favoriser la réussite de ce plan audacieux. Le nombre des croisés venus à Venise se trouva fort inférieur aux prévisions; la somme promise par le contrat de nolis ne put être acquittée et après avoir rassemblé toutes leurs ressources les croisés restèrent encore redeva-
i. Gesta Innocenta, 83 (P. L., CCXIV, cxxxn).