EiJtst. Innocent., V, 122 (P. L„ CCXIV
appui d'entreprendre une expédition contre Constantinople ; il eût été en outre maladroit de négliger des alliés qui avaient le plus grand intérêt à cette diversion. Les dernières révolutions de Constantinople avaient en effet amoindri la situation prépondérante que les Vénitiens avaient acquise dans l'empire byzantin. Alexis III avait favorisé leurs rivaux, les Pisans, et non content de violer les traités conclus avec eux, I avait accablé leurs marchands d'impôts. Le doge Dandolo avait eu peut-être les yeux crevés par ordre de l'empereur; il avait donc tous les motifs d'accueillir les ouvertures d'un prétendant qui pourrait rendre à Venise les avantages qu'elle avait autrefois. Plus tard I le chroniqueur Ernoul a accusé formellement les Vénitiens d'avoir trahi la chrétienté d'accord avec le Soudan d'Egypte qui leur aurait promis des avantages commerciaux s'ils parvenaient à détourner la croisade qui le menaçait^. La vérité est tout autre et il a été impossible de prouver qu'à cette époque Venise eût encore conclu des traités avec les princes musulmans^. Il ne s'agissait pas pour elle de détruire l'empire ' byzantin mais de pouvoir en exploiter les richesses : telle fut la cause de son accord avec le prétendant.
Le pacte ne fut conclu définitivement qu'à Zara, mais dès le départ de Venise les grandes lignes en étaient arrêtées et la marche sur Constantinople décidée. L'expédition de Zara n'avait d'autre utilité que de donner le temps nécessaire à gagner le consentement du pape; lorsque Innocent III se fut montré inflexible, les chefs de la croisade décidèrent de passer outre. Au mois de novembre 1202 quatre ambassadeurs furent envoyés à Innocent III pour lui demander de lever l'excommunication que les croisés avaient encourue
i. CONTIN. CUILL. DE TYH, XXVHI, 1-2.