‹ L'Église et l'Orient au Moyen ÂgeChapitre 13 sur 268 · GnÉGomE DE Tours, H. F., X, 2d · texte numérisé non relu

GnÉGomE DE Tours, H. F., X, 2d

3. On compte aux vu» et vm* siècles huit papes de nationalité grecque et cinq originaires de Syrie. Voy. L. Bréhier, Les Colonies d'Orientaux.,., p. 5. Trêves et Milan eurent aussi desévêques « syriens».

4. Saint Aigistin, Confessions, VHI, 6 (P. L., XXXH, 1U). Cf. Saint Jérôme, Ep. ad. Pammachium (P. L., XXII, 641).

de la vie érémitique ou monastique'. L'orientalisme pénètre ainsi dans tous les domaines de la vie occidentale : dans l'art, dans la vie matérielle, dans la vie religieuse, dans le culte des saints et des reliques,^ on le trouve partout. Il n'est donc pas étonnant que beaucoup d'Occidentaux aient été attirés en Orient par le désir de voir de près les solitaires et les instituts monastiques dont la réputation était arrivée jusqu'à eux. Des Gaulois firent le voyage de Syrie pour aller vénérer le célèbre saint Siméon Stylite sur sa colonne^. D'autres partaient avec le désir de s'instruire et de rapporter en Occident les principes d'une vie nouvelle. Telle fut l'origine des rapports étroits, qui se nouèrent désormais entre l'Occident et l'Orient et des premiers établissements latins qui furent fondés en Palestine.

§ 4. — Pèlerinages et établissements latins en Palestine.

L'initiative de ces créations appartient sans conteste à saint Jérôme et aux grandes dames de l'aristocratie romaine que l'enthousiasme pour la vie monastique avait entraînées en Orient. Saint Jérôme, né vers 340 en Dalmatie de parents chrétiens, avait reçu dans les , grandes écoles d'Occident, à Rome, à Trêves, à Aqnilée, une éducation toute classique. Mais il étudia la théologie et voulut connaître l'Orient. Après un séjour de deux ansà Antioche (372-374) il résolut, à la suite d'une crise intérieure, d'abandonner les lettres profanes et de consacrer sa vie à l'ascétisme et à l'étude de l'Écriture

i. Sur saint Abraham voy. Crégut, Le Cénobite Abraham (Mém. de l'Acad. de Clermont, 2« s., fasc. VI). ( lermont, 1893. 2. Théodouet, Hist. eccles., P. G., LXXXII, 1472.

PÈLERINAGES ET ÉTABLISSEMENTS Ei\ PALESTINE. 11

Sainte. Pendant cinq ans (374-379) il se retira dans le désert de Chalcis, menant la rude vie d'anachorète, se livrant au travail manuel et à la copie des livres et, ce qui n'était pas pour lui la moins grande mortification, étudiant l'hébreu avec un Juif converti. Ce fut à cette époque qu'il composa la biog-raphie de saint Paul de Thèbes, un des pères de l'ascétisme égyptien. Les lettres qu'il écrivait à ses amis d'Occident étaient lues avec un intérêt très vif et circulaient en particulier dans la société des dames romaines qui s'étaient retirées autour de Marcella pour mener une vie ascétique dans une maison du Mont Aventin. A la suite de difficultés, saint Jérôme dut quitter son désert et après avoir reçu la prêtrise, il se rendit à Constantinopleoù ilacheva de se pénétrer de la science théologique de l'Orient. Ce fut là, en effet, qu'il apprit sous saint Grégoire deNazianze l'exégèse biblique telle quela comprenaient les pères de l'église grecque. Là aussi, il traduisit en latin la Chro^ nique Universelle d'Eusèbe et inaugura ainsi son rôle de vulgarisateur de la science hellénique en Occident. Mais il ne s'en tint pas à l'hellénisme et par delà la Version des Septante, il résolut de remonter au texte hébraïque de l'Ecriture. De retour à Rome, en 382, il vint se mettre au service du pape Damase et composa la traduction latine des quatre Evangiles et des Psaumes.

Ce fut dans ces circonstances que saint Jérôme fut introduit dans la société du Mont Aventin où les Marcella, les Paula, les Mélanie, préoccupées avant tout d'ascétisme et de science religieuse, n'avaient pas hésité à apprendre le grec et même Ihébreu afin de pouvoir chanter les psaumes dans la langue de David. Mais la vie que menaient ces veuves et ces tierges de l'aristocratie romaine paraissait insensée et même coupable à la plupart de leurs parents et de leurs amis. Les rap-

12 RAPPORTS EKTRE L'ORIEM ET L'OCCIDENT.

ports qu'elles eurent avec saint Jérôme donnèrent un aliment facile à la malignité publique. Saint Jérôme et Paula résolurent de gagner l'Orient où leurs aspirations les attiraient. En 385, saint Jérôme se rendait à Antioche et peu de temps après Paula et sa fille Eustochium l'y rejoignaient après avoir visité les monastères de l'île de Chypre en compagnie de saint Epiphane ; elles étaient accompagnées de quelques jeunes filles de Rome qui devaient former avec elles un monastère. A Antioche une caravane fut organisée en plein hiver et les exilés volontaires atteignirent Jérusalem. Après avoir visité la Palestine, ils se mirent en route pour l'Egypte afin d'aller étudier les institutions monastiques à leur source. Enfin lorsqu'ils eurent parcouru les monastères des oasis de Nitrie, ils revinrent se fixer à Bethléem. Là, au pied des collines boisées, saint Jérôme construisit un monastère sur le modèle de ceux qu'il avait visités en Egypte.; il fut pourvu d'une tour qui en rendait la défense possible au besoin. A quelque distance au fond d'une vallée, Paula éleva une construction analogue, mais devant l'afïïuence des vierges et des veuves qui voulaient se consacrer à la vie monastique, elle dut bientôt en faire bâtir trois autres. Tous ces monastères avaient une église commune. Comme en Egypte, un hospice fut construit pour recevoir les pèlerins et les voyageurs. Enfin saint Jérôme dirigeait luimême une école gratuite de grammaire où il expliquait les auteurs profanes aux jeunes gens de Bethléem. Ce devoir accompli, il se retirait dans une grotte voisine de celle de la Nativité, consacrant sa vie à l'étude de l'hébreu, pour laquelle il n'hésitait pas à se mettre en rapports avec les plus célèbres rabbins juifs, et à la traduction latine du texte biblique. Une partie même de la nuit était employée à la volumineuse correspondance qu'il entretenait avec ses amis d'Occident.

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