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tin^ Il était désormais trop tard : l'intrigue ourdie par Philippe de Souabe avait triomphé des efforts qu'il avait tentés pour maintenir la croisade sur la route de l'Orient.
§ 3. — Les deux sièges de Constantinople.
Le 23 juin 1203, après avoir relâché à Candie et traversé le bras de Saint-Georges, la flotte arriva à Saint-Etienne (San-Stefano) en vue de Constantinople^ Dans un passage célèbre Villehardouin a résumé Timpression profonde que produisit sur les Occidentaux l'immensité de la ville. « Or pouvez savoir que moult « regardèrent Constantinople ceux qui oncques mais « ne Tavaient vue; qu'ils ne pouvaient croire que si « riche ville pût être en tout le monde, comme ils vice rent ces hauts murs et ces riches tours dont elle « était close tout entour à la ronde, et ces riches pa- « lais et ces hautes églises, dont il y avait tant que « nul ne pouvait croire, s'il ne les vît à l'œil, et le long « et le large de la ville qui de toutes les autres était « souveraine. Et sachez qu'il n'y eût si hardi que sa « chair ne frémit, et ce ne fut une merveille; que onc- « ques si grande affaire ne fut entreprisé de nulle « gent, depuis que le monde fut créé 2. » Après un conseil de guerre, on décida de débarquer d'abord sur la rive asiatique du Bosphore afin de s'assurer des approvisionnements. Le 24 juin, la flotte vint atterrir à Chalcédoine; les barons se logèrent dans le palais de l'empereur Alexis; on tira les chevaux des « huissiers » et les coureurs commencèrent à battre le pays; la récolte venait d'être faite et le blé était en meules d.itis les champs, « tant que chacun en volt prendre,
i. Innocent. Epist., VI, 101 (P. L., CCXV, 106). 2. Vili.ehaRdouln, p. 72.