LES DEUX SIEGES DE CONSTANTINOPLE
( bi en prist ». Puis la flotte ayant levé l'ancre, une louvelle concentration de toute l'armée eut lieu à VEsnitaire (Scutari) et, après des négociations inutiles kvec Alexis III, l'attaque fut décidée. Le 7 juillet, les croisés, qui avaient communié et fait leurs testaments, remontèrent sur les galères; on fit sonner les trompettes dargent et d'airain « jusqu'à cent paires et tambours et timbres tant que trop ». La flotte se dirigea sur le faubourg de Galata, situé sur la rive gauche de la Corne d'Or. Les chevaliers sautèrent dans la mer tout armés et s'emparèrent du port de Galata pendant que les mariniers faisaient sortir les chevaux des huissiers. Alexis III, n'osant engager le combat, se retira derrière les murs de Constantinople; la tour de Galata, à laquelle était fixée la chaîne de fer qui fermait l'entrée de la Corne d'Or, fut prise et la chaîne ellemême rompue par une galère vénitienne qui portait à la proue d'énormes ciseaux d'acier; beaucoup de galères furent prises ou brûlées. Puis tandis que la flotte vénitienne pénétrait dans le port, les chevaliers remontèrent la rive gauche de la Corne d'Or, reconstruisirent le pont coupé par les Grecs et vinrent camper à l'ouest de la ville sur une colline située en face de la muraille des Blachernes. L'assaut général eut lieu le 17 juillet 1203. Quatre « batailles » (corps d'armée) s'élancèrent aux échelles : quinze chevaliers parvinrent à escalader la muraille, mais ils trouvèrent en face d'eux la garde des Varanges, véritables géants, armés de la grande hache à doub]e tranchant. Plusieurs des assaillants furent faits prisonniers et les autres durent battre en retraite. Pendant ce temps les navires vénitiens, dont les antennes avaient été munies de passerelles volantes, bombardaient les murs maritimes à coups de mangonneaux. Le vieux Dandolo débarqua le premier, le gonfanon de saint Marc à la
main; bientôt, sans qu'on eût vu qui 1 y avait portée, la bannière vénitienne parut au haut d'une tour. Les Vénitiens s'élancèrent pleins d'enthousiasme et occupèrent vingt-cinq tours; attaqués par les Grecs, ils mirent le feu aux maisons voisines et l'incendie commença à gagner toute la ville ^ .
Enfin après bien des hésitations l'empereur Alexis III se décida à tenter une sortie et à diriger une attaque sur le camp des croisés. Trois portes s'ouvrirent et livrèrent passage à une véritable multitude : avec une discipline remarquable les chevaliers quittèrent leurs montures et attendirent immobiles au pied des palissades de leur camp. « Et ce fut avec un bien grand sens, « car s'ils fussent allés en plaine, les autres avaient si « grande quantité de gens que nous eussions été noyés « parmi eux 2. » Les dames et les demoiselles se préparaient à assister au combat des fenêtres du palais des Blachernes. Du côté des croisés tout le monde avait pris les armes; les cuisiniers et les palefreniers euxmêmes avaient saisi des broches et tout ce qui leur tombait sous la main. Robert de Clari croit naïvement que leur aspect épouvanta l'armée impériale. « Et ils « étaient si laids et si hideux que la menue gent à pied « de l'empereur, qui étaient par dehors les murs, en « eurent grand peur et grand hide quand ils les virent ^ » Il est plus probable que l'attitude décidée des chevaliers et l'arrivée des Vénitiens venus au secours de leurs frères d'armes, effrayèrent l'empereur. Sans avoir même tenté l'attaque il donna le signal de la retraite. « Il se retira honteusement et augmenta la fierté des « Italiens qui poursuivaient ses gens et leur tiraient dans « le dos''. » A peine rentré dans son palais, le miséra-
4. ViLLEH.vRDOuiN, p. 74-100. Devastut. Constantin,, M. G., XVI, H.