‹ L'Église et l'Orient au Moyen ÂgeChapitre 134 sur 268 · LES DEUX SIÈGES DE CONSTANTLNOPLE · texte numérisé non relu

LES DEUX SIÈGES DE CONSTANTLNOPLE

allant voir familièrement les chefs croisés : ceux-ci finirent par perdre patience et envoyèrent une ambassade aux deux empereurs pour les sommer de tenir leurs promesses; ils ne purent rien obtenir. En revanche l'hostilité des Grecs, contenue longtemps, se manifesta sans réserve : une nuit, des navires garnis d'étoupes enflammées furent poussés sur la flotte des croisés; elle eût été incendiée sans la présence d'esprit des Vénitiens qui, sautant dans leurs galères, saisirent les brûlots avec des crocs et les menèrent jusqu'à l'entrée du Bosphore pour les abandonner aux courants ^ Profitant de l'impopularité des empereurs, un ambitieux, Alexis Ducas surnommé Murzuphle à cause de la jonction de ses sourcils, excita une émeute et se fit proclamer basileus (5 février). Isaac l'Ange, chargé de chaînes, mourut en prison; Alexis IV fut étranglé quelques jours plus tard et l'usurpateur entreprit de mettre Constantinople en état de défense ^ ; il fit relever les murs qu'on avait abattus et attaqua même une troupe de chevaliers, mais Pierre de Bracheul lui enleva l'icône miraculeuse de la Vierge sculptée par saint Luc qu'il faisait porter en tète de son armée : Murzuphle rentra à Constantinople au milieu des huées, tandis que les croisés arboraient l'icône au grand mât d'une galère pour narguer les habitants (12 février) ^.

Un second siège de Constantinople était devenu nécessaire et de part et d'autre on se disposa à la lutte. Les croisés dressaient des pierriers et des mangonneaux sur leurs nefs et préparaient des échelles ; les Grecs hourdaient les tours de l'enceinte en les surélevant de plusieurs étages, afin d'empêcher les Vénitiens

Page 1