‹ L'Église et l'Orient au Moyen ÂgeChapitre 135 sur 268 · ViLLEHAUDOUIN, p · texte numérisé non relu

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d'y appliquer leurs ponts volants. Pendant ce temps les politiques de l'armée préparaient l'avenir et prenaient devant le pape et la chrétienté tout entière la responsabilité de la destruction de l'empire byzantin. I D'après le traité signé en mars 1204 entre les Vénitiens et les barons, il fut convenu qu'après la prise de la ville le butin serait partagé équitablement, puis un collège formé de six Vénitiens et de six Français élirait un empereur qui recevrait le quart des conquêtes soit dans Constantinople, soit au dehors, avec les palais du Boucoleon et des Blachernes en plus. Des trois autres quarts de l'empire, la moitié serait attribuée à Venise, l'autre moitié distribuée à l'armée des chevaliers sous forme de fiefs. C'est de ce pacte qu'est sortie toute l'organisation de l'empire latin : il était tout à l'avantage de Venise qui se réservait en outre l'église Sainte-Sophie et le droit de désigner le patriarche ^ '

Ces dispositions prises, un premier assaut fut tenté le 9 avril, sans succès : les croisés éprouvèrent des pertes assez graves et durent se retirer. Le découragement se mit dans l'armée; dans un conseil de guerre plusieurs barons parlèrent encore du voyage en Syrie, mais leurs protestations furent étouffées et l'on décida un repos de deux jours 2. Le dimanche de Pâques Fleuries (11 avril) tous les croisés se confessèrent et communièrent. Le lendemain l'assaut recommença. Les Vénitiens s'approchèrent des murs maritimes avec leurs galères et essayèrent de brûler les hourdages des tours, mais on les avait protégés avec des peaux; en outre chaque tour avait neuf pierriers qui déversaient sur les nefs d'énormes quartiers de roc. Murzuphle dirigeait lui-même la défense avec activité.

i. Tafel et Thomas, I, 446-47 el 450-51. Villeuardoi'in, p. 134. 2. R. DE Clari. Villehardoui^, p. 136.

LES DEUX SIEGES DE CONSTANTIiNOPLE. 165

Enfin la nef de l'évêque de Soissons poussée par le vent heurta violemment une tour : un Vénitien parvint à s'y accrocher, mais fut massacré à coups de hache. La nef s'étant approchée de la tour une seconde fois, un chevalier, Andrieux de Dureboise, finit par y entrer en se cramponnant avec les pieds et les mains; pendant qu'il faisait fuir la garde varange jusqu'à l'étage inférieur, les chevaliers amarraient la nef avec de grosses cordes et des Français pénétraient dans la tour^. Au même moment Pierre d'Amiens et Aleaume de Clari enfonçaient une poterne à coups de hache et d'épée et entraient dans la ville ; une troupe les suivait et allait briser une porte qui livrait passage à des flots de croisés^. Murzuphle abandonna son camp qu'il avait placé sur une colline près du monastère de Pantepopte et s'enfuit vers le Boucoleon ^.

La nuit survint et les croisés n'osèrent s'aventurer plus loin. Le comte Baudouin de Flandre occupait le camp impérial; son frère Henri campait devant le palais des Blachernes ; le marquis de Montferrat était déjà au cœur de la ville et ses soldats ayant mis le feu à quelques maisons, l'incendie se propagea partout et dura un jour et demi. Pendant que Murzuphle s'enfuyait par la Porte Dorée avec sa suite, quelques fonctionnaires proclamaient empereur Théodore Lascaris qui, sans chercher à organiser la résistance, se retirait à Nicée'''. Le lendemain 13 avril quand le jour parut, les croisés se préparaient à combattre de nouveau; grande fut leur surprise quand ils trouvèrent les rues désertes et virent venir à eux une procession de clercs suppliants. L'hésitation ne /ut pas de lon-

i. ViLLEHARDOuiN, p. 140. RoDKRT DE Clari. Devastot. Coiistant., M, G, XVI, 12.

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