NicÉTAS, Hist. grec. Crois. ^ I
gue durée et les barons s'assemblèrent immédiatement pour se partager les plus beaux palais de la ville : Boni face de Montferrat prit pour lui le Boucoleon, Sainte-Sophie et le palais patriarcal; Henri de Flandre s'empara des Blachernes^. Alors commença un pillage effréné de tous les trésors amassés depuis tant de siècles à Constantinople : dans cette journée disparurent les chefs-d'œuvre de Part antique qui couvraient les places ou ornaient l'Hippodrome, mais les églises n'eurent pas moins à souftrir de la rage des vainqueurs : les mobiliers somptueux, les pièces d'orfèvrerie, les autels enrichis d'émaux, les manuscrits précieux, les étoffes incomparables, tout était arraché, lacéré, entassé enfin dans les trois églises où l'on avait ordonné d'apporter le butin. Les reliques dont les églises byzantines étaient remplies excitaient surtout la -cupidité des croisés; beaucoup de clercs ne songeant qu'à enrichir les églises de leur pays, parcouraient la ville à la recherche des précieux dépôts dont la réputation était si grande dans toute la chrétienté. L'évêque de Halberstadt, profitant du séjour du marquis au Boucoleon, s'empara des reliques de la chapelle impériale dont il dut plus tard restituer une partiel Enfin lorsque la première ardeur de pillage se fut éteinte, on commença à partager le butin : les Vénitiens en reçurent la moitié. Dans l'armée des croisés chaque chevalier reçut la même part que deux sergents à cheval ou quatre sergents à pied, mais Robert de Clari affirme que les hauts barons prirent pour eux les pierres précieuses, la vaisselle d'or et les étoffes de soie, tandis qu'ils
1. ViLLEHARDouiN, p. 446 : « Cliascuns prist ostel tel cum lui plot, et il en 1 avoit assez. » r » »