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INNOCENT III ET L'EMPIRE LATIN. 17t

croisade. Telles sont les idées qu'Innocent IIÏ développe dans les lettres nombreuses qu'il expédie à Constantinople au cours des années 1204 et 1205. Le 13 novembre 1204, il écrit « au clergé et à tout le peuple de l'armée chrétienne de Constantinople » qu'aucun événement ne pouvait être plus heureux pour la Terre Sainte : « Si avant la « perte de la terre d'Orient, l'empire de Constanti- « nople avait déjà appartenu aux Latins, la chrétienté « n'aurait pas à pleurer aujourd'hui la perte de Jéru- « salem. » Le Seigneur a transféré l'empire des Grecs aux Latins et leur a ouvert une voie vers la Terre Sainte. Il enjoint donc aux croisés de rester encore pendant un an dans la terre de Remanie \ « afin d'accorder à notre cher fils Baudouin aide et conseil^ ». Il répond dans les mêmes termes à l'empereur et au doge Dandolo ^ à qui il promet de lever l'excommunication encourue parles Vénitiens. Il favorise même la levée des secours nécessaires à la défense de l'empire latin et ses légats, Pierre de Capoue et Soffrid Cajetani, s'embarquent pour Constantinople dans l'automne de 1204 avec cent chevaliers. Innocent III a donc eu foi tout d'abord dans la solidité de la conquête latine ; il a cru que Constantinople deviendrait le centre d'organisation des croisades, le point d'appui nécessaire aux conquêtes chrétiennes en Orient : les événements ne tardèrent pas à le détromper.

Dès les premiers mois qui suivirent la conquête en effet la situation précaire du nouvel empire apparut clairement. Loin de pouvoir imposer sa volonté à tous, l'empereur n'était, comme les souverains de Jérusalem ou d'Antioche, que le premier des baro'ns ; la tentative

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