Innocent, Epist., VII, 153 (P. L., CCXV
qu'il fit pour empêcher le marquis de Montferrat d'occuper Thessalonique ne servit qu'à manifester sa faiblesse et il dut s'incliner devant l'arbitrage que les barons lui imposèrent K D'autre part la possession de l'Asie Mineure était pour l'empire une question vitale; cette conquête était indispensable si l'on voulait établir des relations terrestres entre ConstantinopJe et la Syrie chrétienne ou préparer la route de la future croisade. On attendit cependant au mois de novembre 1204 pour la commencer et, pendant ce temps, les débris du gouvernement byzantin purent s'installer solidement presque en face de Constantinople, à Nicée, tandis qu'un autre état hellénique s'organisait à Trébizonde. De plus, au moment même où Henri de Flandre, encouragé par ses premiers succès, allait peut-être détruire dans sa racine le pouvoir de Théodore Lascaris, toutes les forces franques furent rappelées en Europe par l'invasion bulgare. Johannitsa, qui s'intitulait tsar des Vlaques et des Bulgares, avait répondu à l'invitation des Grecs de Thrace révoltés contre la domination latine. Le 14 avril 1205, devant Andrinople, le comte Louis de Blois eut l'imprudence de poursuivre la cavalerie légère des Comans qui formaient l'avantgarde de l'armée de Johannitsa ; attiré dans un véritable guet-apens, au milieu d'un marécage entouré de hauteurs, il fut bientôt entouré par toutes les forces bul- gares : l'empereur Baudouin qui vint à son secours f et combattit comme un simple chevalier, fut pris vivant et disparut sans laisser de traces ; le comte de Blois, plusieurs barons et un grand nombre de chevaliers restèrent sur le champ de bataille ^.
L'empire latin eût été perdu sans l'énergie déployée
i. GEULAND, p. 17-28.
2. Gerland, p.46-î>l. Villehardouin, p.208, 246 et suiv. Rrmovl, p. 380. NicÉTAS, Hist.gr, Crois., I, 497-499. Robert de Clari, p. 82.
INNOCENT III ET L'EMPIRE LATIN. i:3
par Henri de Flandre, frère de Baudouin. Choisi par les barons malgré sa jeunesse (il avait trente ans) pour être régent de Romanie, puis, lorsqu'on eut la certitude que Baudouin avait été tué par ordre de Johannitsa, couronné empereur (20 août 1206), Henri fut le véritable fondateur de l'empire latine Mais ses dix années de règne (1206-1216) furent consacrées à des chevauchées continuelles, soit contre les Bulgares, soit contre Théodore Lascaris, soit contre les Lombards du royaume de Thessalonique. A plusieurs reprises, en 1206, en 1207, en 1208 les Bulgares envahirent la Thrace et la première fois leurs coureurs arrivèrent jusqu'aux faubourgs de Constantinople : Henri sut leur disputer victorieusem^ent son empire et gagner les indigènes qui, effrayés par les cruautés des Comans, cessèrent de favoriser Johannitsa. Le danger bulgare qui avait diminué après la mort de Johannitsa (1207) fut écarté définitivement en 1215 par une alliance matrimoniale : Henri épousa la fille du tsar BoriP. D'autre part Henri sut établir l'autorité impériale sur Thessalonique et même sur les fiefs lointains de Morée ; après la mort de Boniface de Montferrat il intervint dans la lutte qui avait éclaté entre les vassaux lombards et les barons français du sud. Après avoir déjoué la trahison des Lombards, qui cherchèrent à le livrer aux Bulgares, Henri alla tenir à Ravennika près de Zcitouni un parlement dans lequel les nobles français de Morée, rejetant la suzeraineté de Thessalonique, lui firent un hommage direct de leurs fiefs (1209) ^. Mais ces succès étaient chèrement achetés et, loin de songer à conduire une croisade en Palestine,
i. Gerland, p. 56 et 91.
2. Gerland, p. 154 et suiv. Principales sources : Villehardouin et Henri