CONTINUAT. G'UILL. DE TVK, XXX
2. Continuât. Glill. de Tyk. Hisf. occ. Crois., II, p. 18<ï (mss. D). Db Mas-Latrie, Hist. de Chypre, p. 43.
loi aux Assises, régler les questions de régence, de< minorité, de succession au trône et accorder l'investiture de la royauté; elle avait son siège fixe à Nicosie. Entre cette constitution aristocratique et celle de la Syrie franque, il y avait cependant quelques différences à l'avantage du roi : les Qefs avaient été distribués par le roi, ils étaient d'étendue restreinte et on ne trouve pas en Chypre comme en Palestine de grands vassaux presque aussi puissants que le souverain. Les seigneurs n'avaient ni le droit d'hérédité en ligne collatérale, ni celui de battre monnaie, ni juridiction sur les bourgeois ou sur les serfs ^
En même temps la hiérarchie ecclésiastique était réorganisée par les papes. Un archevêque latin était installé à Nicosie, avec trois suffragants, à Paphos, Limassol, Famagouste; des monastères latins recevaient des dotations en terre,. Les Grecs restèrent, il est vrai, hostiles à l'union religieuse; leur hiérarchie et leur rite furent maintenus à condition que les évêques grecs ne résideraient pas aux mêmes endroits que les évêques latins. L'île de Chypre fut bientôt couverte de colons français qui formaient des groupes compacts au milieu de la population indigène assez clairsemée. Par leur activité et leur intelligence ils réussirent dans une certaine mesure à s'assimiler les Grecs ; la langue française fut parlée dans toute Tîle et même par les Grecs des hautes classes, tandis que le grec était réduit à l'état de patois. Enfin des architectes français portèrent en Chypre les procédés de construction de leurs écoles provinciales. Dès les premières années qui suivirent la conquête l'île commença à se couvrir d'églises et de châteaux dont les débris attestent encore aujourd'hui l'inspiration française, champenoise ou languedocienne.
i. De Mas-Latrie, Hisf. de Chypre, l, p. uu-58 et 127-139.
Il s'y fonda une école artistique qui montra jusqu'à l'époque de la Renaissance la plus grande activité. La cathédrale Sainte-Sophie de Nicosie commencée à la fm du xii" siècle, mais dont la plus grande partie date de Tépiscopat d'Eustorge de Montaigu (1217-1251), originaire d'Auvergne, est le chef-d'œuvre de cette école : elle est dans ses grandes lignes la reproduction d'une des cathédrales de l'Ile de France'.
Ce développement si remarquable du royaume de Chypre aurait pu favoriser de nouvelles croisades : malheureusement ce n'était pas en Orient mais en Occident que la guerre sainte devait rencontrer le plus d'obstacles. Après la mort d'Innocent III l'empire latin devait contribuer à détourner au détriment de la Terre Sainte l'attention des papes et les forces chrétiennes. Il était une conquête de l'Eglise, dont elle ne pouvait se désintéresser : la faiblesse même des empereurs Voy bligeait à le rattacher plus étroitement à son autorité. En 1220, à la mort de Pierre de Courtenai, Constantinople se trouva à la fois sans empereur et sans patriarche : le pape Honorius III ordonna à son légat, le cardinal de Sainte-Praxède, de prendre le gouvernement spirituel et temporel de la Romanie. Le même pontife accorda aux empereurs la faculté de lever des subsides sur les églises ; après avoir d'abord, conformément aux idées d'Innocent III, interdit aux croisés d'aller en Romanie, il se relâcha de sa rigueur. Bien plus, sous Grégoire IX, la croisade de Romanie fut complètement assimilée à la croisade en Terre Sainte et conféra les mêmes avantages spirituels. Sans doute ses efforts ne furent pas inutiles : contrairement à toute prévision l'empire latin parvint à durer plus d'un demisiècle ; si le royaume de Thessalonique s'effondra dès