‹ L'Église et l'Orient au Moyen ÂgeChapitre 158 sur 268 · CONTlN, GUILL. DE ÏYR, XXXIII · texte numérisé non relu

CONTlN, GUILL. DE ÏYR, XXXIII

dut convoquer la Haute Cour et confier les pouvoirs de baile à un seigneur du pays, Balian d'Ibelin, sire de Sidon. Au moment où il allait s'embarquer à Sainl- Jean d'Acre avec le marquis de Montferrat et le roi de Chypre, des hommes du quartier de la boucherie Tinsultèrent et jetèrent sur son escorte des entrailles d'animaux; il fallut que le sire de Beyrouth le dégageât (i" mai 1229) ^ Mais de retour en Europe, Frédéric II se réconcilia avec le pape Grégoire IX au traité de San Germano (août 1230). A l'entrevue d'Anagni le pape le releva de son excommunication et le reconnut comme roi de Jérusalem en ratifiant le traité de Jaffa. L'empereur résolut de profiter de ces dispositions pour affermir son autorité en Orient : il y envoya 700 chevaliers et 100 piétons des Abruzzes sous les ordres de Richard Filangieri, maréchal de l'empire, qu'il nomma baile du royaume, légat impérial et grand justicier en Syrie. Il avait pour m'ission secrète de ruiner le pouvoir de la maison d'Ibelin, de lui enlever son fief de Beyrouth et de la chasser de l'île de Chypre ^.

Le nouveau régent eut dabord une attitude très conciliante; il produisit devant la Haute Cour la bulle d'or de l'empereur et les barons acceptèrent ses pouvoirs. Mais bientôt il se montra plein de hauteur, cessa de convoquer la Haute Cour et entreprit de confisquer à Jean d'Ibelin son fief de Beyrouth. L'assemblée lui adressa alors des remontrances : Balian d'Ibelin, sire de Sidon, lui déclara que la Haute Cour pouvait seule juger les contestations entre le roi et ses vassaux et que l'attaque de Beyrouth était une forfaiture. Filangieri répondit en pressant le siège du château : alors Jean d'Ibelin accourut de l'île de Chypre avec un grand

1. Lettre du] patriarche Geroîd (Huillard-Bréholles ; Hist. diplom., m, 639.)

i. CONTH. GUILL. DE TYB, XXXIII, 23.

nombre de chevaliers pour défendre son fief; il fut bien accueilli à Saint-Jean d'Acre où se constitua une association de chevaliers, la compagnie de Saint-Hadrien, qui s'engagea à soutenir les Ibelin. Le 3 mai 1232, la troupe de Jean d'Ibelin fut vaincue par les Impériaux à Casal-Imbert au nord d'Acre ^ A la suite de cette victoire, Richard Filangieri passa dans l'île de Chypre et s'empara en peu de temps de la plupart des places fortes. Mais le 30 mai 1232, Jean d'Ibelin quitta Saint- Jean d'Acre après avoir pris quelques navires impériaux et réquisitionné des navires génois. Le 8 juin il aborda à Famagouste et le 15 juin, près d'Agridi, il infligea une grande défaite aux Impériaux. Filangieri quitta l'île et se retira en Arménie où il essaya en vain de lever de nouvelles troupes. Le royaume de Chypre était débarrassé de la domination impériale : un grand nombre de Français, partisans de Frédéric II, émigrèrent en Apulie et le roi Henri de Lusignan, qui avait atteint sa majorité, prit le gouvernement du royaume^. Il n'en fut pas de même du royaume de Jérusalem où une garnison impériale continua à occuper Tyr. Les luttes compliquées dans lesquelles Frédéric II fut entraîné en Italie ne parvinrent pas à le faire renoncer à ses rêves de domination en Orient. En 1230, il ajouta à ses titres celui de roi de Thessalonique que lui avait légué Démétrius de Montferrat avant sa mort. Son attitude à l'égard de l'empire latin fut toujours malveillante ; il n'accorda aucun secours, ni à Jean de Brienne, son beau-père, ni à Baudouin II, son beaufrère. En 1239 ïhibaud IV de Champagne, devenu roi de Navarre, prépara à l'instigation du pape une croisade pour défendre Constantinople' : Frédéric II refusa d'autoriser son passage à travers l'Allemagne,

\. CONTIN. GUILL. DE TyR, XXXIII, 30-31.

2. CoNTiN. GuiLL. Ds TïB, XXVUI, 33-30. Gestes des Chiprois, p. 93 et suiv.

puis quand il sut que les croisés se dirigeaient vers la Syrie, il leur offrit de se mettre à leur tête, mais ses offres furent repoussées. En même temps il faisait alliance avec l'empereur de Nicée, Jean Vatatzès, lui donnait une de ses filles en mariage et promettait de chasser Baudouin II de Constantinople, si Vatatzès consentait à se déclarer son vassal. Les événements ne devaient pas tarder à dévoiler le caractère chimérique de ces projets et en 1243 le dernier lambeau de domination qu'il avait conservé en Palestine lui échappait.

Dans l'intervalle une nouvelle tentative de croisade avait eu lieu en Terre Sainte. Au mois d'août 1239 des barons français s'embarquèrent à Aigues-Mortes et à Marseille sous la conduite de Thibaud IV comte de Champagne et roi de Navarre : 1.500 chevaliers et un grand nombre de sergents débarquèrent à Saint-Jean d'Acre. Après avoir liésité entre l'attaque de l'Egypte et la marche sur Damas, les croisés résolurent de rétablir le Saphed^ château construit par les Templiers au nord du lac de Tibériade, à la jonction des routes, d'Acre et de Jérusalem vers Damas, puis cette idée fut abandonnée et on tenta de reconstruire les murailles d'Ascalon qui défendraient le royaume contre une invasion égyptienne. Un parti de Français commandé par le comte de Bar s'avança jusqu'à Gaza et fut taillé en pièces. Le roi de Navarre conclut une trêve pour l'échange des prisonniers et revint s'embarquer pour l'Europe avec le duc de Bretagne (24 septembre 1240) ^ A ce moment arrivait en Palestine Richard de Cornouailles, frère du roi d'Angleterre et beau-frère de Frédéric II; il était accompagné d'un grand nombre de chevaliers anglais : les Hospitaliers lui persuadè-

1. Go^TlN. GuiLL. DE Tyi\, XXXIII, 49 et suiv. Mss. de Rothelin, SO.

rent de conclure un traité avec l'Egypte, tandis que les Templiers étaient favorables à une alliance avec Damas. Richard accompagné du duc de Bourgogne et de quelques chevaliers français alla relever les murailles d'Ascalon, pendant que les Templiers reconstruisaient le Saphed. Le 3 mai 1241 une nouvelle trêve fut conclue avec l'Egypte et amena la délivrance de 6.000 prisonniers chrétiens ^ Au mois de janvier 1242 le comte de Cornouailles était de retour à Londres. Peu de temps après son départ la domination impériale disparaissait de la Palestine. Le fils de Frédéric II, Conrad, ayant atteint sa majorité, fit réclamer par lettre l'hommage des hommes-liges du royaume. La Haute Cour s'assembla le 5 juin 1243; des barons de l'île de Chypre y étaient présents. Un chevalier déclara que le roi Conrad étant majeur, la régence de Frédéric II cessait à dater de ce jour et il ajouta que le roi ne pouvait être reconnu comme seigneur que s'il venait en personne affirmer ses droits. Alors Alix de Champagne reine de Chypre fît présenter par Philippe de Novare une requête par laquelle elle revendiquait la régence comme étant la plus proche parente d'Isabelle de Brienne, mère du roi Conrad. Cette requête fut accueillie par la Haute Cour : Alix et son deuxième mari Raoul de Soissons furent proclamés régents; la garnison impériale fut sommée d'évacuer Tyr et après un siège de quelques jours elle capitula. « Ainsi, dit la chronique de Chypre, cette venimeuse plante des Lombards fut déracinée à jamais des pays d'outre-mer ^. » Après la mort d'Alix (1244), son fds Henri de Lusignan, roi de Chypre, prit la régence^ et le titre de seigneur du royaume de Jérusalem. Mais à ce moment

i. CoNTiN. GiiLL. DE Tyu, XXXHI, 51. Mss. de Rothelin, 36. •2. De Mas-Latrie, Histoire de Chypre, p. 328. Contin. Guill. de Tyu., XXXIII, 53 et suiv. Gestes des Cfn'prois, p. 435 et 443.

une nouvelle catastrophe enlevait Jérusalem aux chré-J tiens et ruinait définitivement les résultats de l'exoé-' dition de Frédéric U,

§ 4. — Les invasions mongoles et la perte de Jérusalem.

Pendant de longs siècles la civilisation blanche et la civilisation chinoise avaient pu vivre aux deux extrémites de l'ancien continent en s'ignorant mutuellement lune 1 autre : des rapports commerciaux à l'aide de nombreux intermédiaires, des missions nestoriennes ; dont 1 existence était inconnue en Europe, quelques échanges d'ambassadeurs, tels avaient été leurs seuls points de contact. Brusquement au milieu du xni« siècle l'invasion des Mongols vint les rapprocher et révéler a la chrélienté étonnée l'existence des millions d'êtres humains qui vivaient au delà des pays fabuleux que l'on regardait comme les extrêmes "limites du monde habitable.

L'artisan de cet événement extraordinaire, qui devait ■ avoir pour l'avenir de la politique chrétienne en Orient des conséquences incalculables, fut le chef d'une de ces misérables tribus de nomades de race turque qui vivait sur les frontières « du Saint Empire du Milieu » au delà de la Grande Muraille, protectrice des trésors mystérieux de la civilisation chinoise. En quelques années, Témoudjine parvint à soumettre à son autorité les tribus des vallées de la Keroulen et de l'Amour et leur imposa une solide organisation militaire. Devenu un chef puissant, il s'enrôla en 1193 sous les bannières chinoises, puis en 1206 il secoua ce joug et se proclama empereur des Turcs dans la capitale historique de Karakorum. 11 devint le a ïchinguiz- Khan », l'empereur inflexible; il jura d'observer le

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