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L ORIGINE DES MISSIONS

terrible ; au moment où la lutte entre le pape et l'empereur ne s'arrêtait même pas devant l'imminence du danger, la civilisation chrétienne pouvait sembler en péril. Mais la conquête de l'Europe n'était pour les Mongols qu'une diversion et la mort du grand Khan Ogodaï (1242) détourna l'attention de Batou et de Souboutaï vers l'Extrême-Orient. Ils évacuèrent la Hongrie et se contentèrent de garder la Russie : ce fut elle qui subit jusqu'au xv® siècle les conséquences de l'invasion mongole. Cette invasion eut d'ailleurs un autre contrecoup pour la domination chrétienne en Orient. Une bande de 10.000 Kharizmiens qui s'étaient enfuis devant les Mongols vint se mettre au service du Soudan d'Egypte, et au mois de septembre 1244 ils s'emparèrent sans difficulté de Jérusalem ^. Au même moment un corps de Mongols menaçait Antioche. Les possessions chrétiennes étaient en péril : pour les défendre un nouvel effort de l'Europe était nécessaire.

Ç 5. -. L'origine des missions.

Ce fut à cette époque si critique pour la domination chrétienne en Orient que naquit l'idée de la conversion des musulmans par des missionnaires. Sans doute au xiii« siècle les missions chrétiennes avaient déjà une histoire glorieuse, mais depuis l'époque de Charlemagne leur effort s'était porté surtout vers les peuples du nord, Slaves, Scandinaves, Lithuaniens. Les croisades avaient été des guerres de défense et aussi de conquêtes : elles n'étaient guère favorables à la propagande pacifique, aussi ce ne fut pas du côté des musulmans que se tourna l'attention du clergé latin de Terre Sainte; il chercha bien plutôt à ramener à l'unité catholique les schismatiques grecs ou les débris des

1. CoNTiN. GwiLL. DE Tyr, XXxm, 5t)-57. Mss. de Rothelln, «i.

anciennes sectes hérétiques, jacobites, nestoriens, arméniens, etc.; sa victoire la plus importante fut la conversion des Maronites du Liban, qui en 1182 abjurèrent leurs doctrines monothélites ^ . L'idée de la conversion des musulmans avait une tout autre portée, puisque sa réalisation ne tendait à rien moins qu'à rendre les croisades inutiles. C'était pour la chrétienté du moyen âge un bouleversement radical des rapports qu'elle avait eus jusque-là avec l'Orient; l'ardeur pour les croisades diminuait, le temps des conquêtes violentes était passé ; pourquoi ne pas tenter la conquête véritable, celle qui ne verse aucune goutte de sang et ne laisse après elle aucune haine, la conquête des âmes?

Une initiative aussi audacieuse, aussi étrangère à la rudesse des chevaliers qu'aux calculs des politiques ne pouvait être prise que par des saints. Au moment oii saint Dominique et ses compagnons travaillaient dans le midi de la France à la conversion des Albigeois, saint François d'Assise, qui venait à peine en 1210 de faire approuver par Innocent 111 sa manière de vivre, songeait à aller prêcher l'Evangile chez les musulmans. Ses premières tentatives furent malheureuses : en 1212, après avoir reçu la bénédiction du pape, il alla s'embarquer à Ancône pour l'Orient, mais une tempête poussa son navire sur les côtes d'Esclavonie et il dut revenir en Italie. Deux ans plus tard il voulait aller au Maroc quand il fut retenu en Espagne par une maladie. Enfin en 1219 dans l'église de Sainte- Marie des Anges il partagea le monde entre ses disciples et se réserva la Syrie et la Palestine ; il alla s'embarquer à Ancône avec ses compagnons, mais, comme le navire ne pouvait les porter tous, il chargea

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