L'ORIGINE DES MISSIONS
un enfant d'en désigner douze et arriva avec eux à Saint-Jean d'Acre. Là, il envoya onze de ses compagnons à travers l'Orient et ne gardant avec lui que le frère Illuminé de Rieti, il se présenta au camp des croisés devant Damiette et chercha sans succès à les empêcher de livrer bataille aux Sarrasins. Le soudan d'Egypte avait promis un besant d'or à quiconque lui apporterait la tête d'un chrétien. Malgré cette menace, François s'avança vers le camp des musulmans avec son compagnon. Accablés d'abord de coups par les sentinelles, ils parvinrent à se faire conduire devant le Soudan et au milieu de la stupéfaction de tous, François lui exposa en toute simplicité l'objet de sa mission. Pour prouver la vérité de sa foi il offrait de traverser un brasier ardent avec les docteurs musulmans. Le Soudan répondit qu'il craignait une révolte de son peuple et il le congédia amicalement après avoir voulu lui donner des présents qui furent refusés *. Saint François retourna au camp des croisés et les événements Tempêchèrent de renouveler cette tentative; il séjourna ensuite pendant près d'un an en Palestine et en 1220, après avoir recruté de nouveaux disciples qui formèrent la première colonie franciscaine de Terre Sainte, il revint en Europe.
A peine de retour en Italie, la première pensée de saint François fut pour ces frères qu'il avait laissés an Orient. Il désigna un de ses compagnons de la première heure, Benoit d'Arezzo, pour l'y remplacer. Parti m 1220, Benoît resta d'abord quelques années en Remanie où il créa une province franciscaine et chercha à ramener les Grecs à l'obédience romai/ie. En 1229, il arriva à Saint-Jean d'Acre, au moment de la croisade de Frédéric II. Il donna à l'institut franciscain de
1. s. B>NAVENT., Vita s. Francisci, IX. Bolland., Acta Sanctorinriy I octobris.
Terre Sainte une organisation régulière ; il visita toutes les colonies de frères mineurs et en particulier le couvent de la Montagne Noire dans la Cœlésyrie. C'était un ancien monastère de bénédictins qui avait accueilli saint François avec enthousiasme et adopté sa règle. Benoît d'Arezzo construisit enfin à Saint- Jean d'Acre une résidence officielle pour le provincial de Terre Sainte. Dans une lettre datée de 1230 le pape Grégoire IX recommandait les frères mineurs aux patriarches d'Antioche et de Jérusalem ainsi qu'à tous les évêques de Palestine et leur enjoignait d'accueillir les demandes des fidèles qui voudraient fonder un établissement en leur faveur'. Dès cette époque les disciples de saint François avaient commencé leur apostolat chez les musulmans et au même moment les dominicains fondaient aussi une province de Terre Sainte. Leurs missions furent organisées par Jourdain, élu maître-général des Frères Prêcheurs après la mort de saint Dominique. Un couvent de dominicains fut établi à Damas et à chacun des chapitres généraux, on décida Tenvoi de nouveaux mission-' naires en Palestine. En même temps saint Raimond de Penafort, troisième maître-général des dominicains, portait ses efforts du côté des musulmans d'Espagne et d'Afrique, invitait saint Thomas d'Aquin à écrire sa Somme contre les gentils, où étaient réfutées les objections des infidèles, et conseillait aux rois d'Aragon et de Castille de fonder à Murcie et à Tunis des collèges de dominicains où l'on apprendrait les langues orientales aux missionnaires ^. Au moment même où germait dans la chrétienté du xiii^ siècle l'idée de convertir les infidèles, l'invasion mongole allait offrir aux nouveaux apôtres un domaine d'action illimité.