Cahun, op. cit
moudjine, venus pour élire un grand khan. Des ambassadeurs de toute race et de toute religion assistaient à cette assemblée : le grand-duc de Russie laroslaf, les vassaux du Caucase et de la Géorgie, les envoyés du calife de Bagdad, du Vieux de la Montagne, du sultan seldjoucide d'Asie Mineure, des gouverneurs mongols, des lettrés chinois, des lamas du Thibet. Plan-Carpin a décrit dans son récit la magnificence barbare de ce < Camp du drap d'or » et les riches costumes d'or et d'écarlate dont se paraient les dignitaires qui portaient pour plus de vingt marcs d'argent aux harnais de leurs chevaux. Lorsque Gouyouk, petit-fils de Gengis-Khan, eut été élu empereur, les ambassadeurs du pape furent admis à lui présenter leurs lettres de créance.
Pendant ce temps la mission dominicaine arrivait en Perse au camp de Batchou (août J247) et rencontrait d'abord un mauvais accueil. Les moines ayant dit que le pape était le plus grand des hommes en dignité, les Mongols leur demandèrent s'ils ignoraient l'existence du grand Khan ou Fils du Ciel. Sur leur réponse affirmative, les Mongols s'indignèrent de cette ignorance : ils furent choqués de voir qu'ils n'apportaient aucun présent et qu'ils refusaient de se prosterner devant Batchou ; on les menaça de les écorcher vifs, mais ils furent épargnés à la prière d'une femme de Batchou. Les lettres du pape furent traduites en persan et en tartare, puis on leur remit en échange une circulaire dans laquelle le grand khan ordonnait à tous les princes de la terre de venir lui rendre hommage. Ces premières négociations n'^u'ent donc pas de résultats immédiats, mais elles établirent entre la chrétienté et les Mongols des rapports qui devaient être féconds.
g 2. — La croisade de saint Louis en Egypte.
Le 12 juin 1248, saint Louis quitta Paris avec les croisés qui allèrent s'embarquer les uns à Aigues- Mortes, les autres à Marseille. Le 17 septembre, la nef de saint Louis abordait au port de Limassol en Chypre qui devait servir de point de concentration à la croisade ' . A ce moment les Mongols se préparaient à conquérir le califat de Bagdad : une ambassade qui portait des lettres du grand khan Gouyouk vint trouver saint Louis pour lui proposer son alliance. Les Mongols connaissaient son arrivée par une lettre du sultan de Mossoul qui avait été averti lui-même par le soudan d'Egypte. Il est difficile de savoir si les lettres présentées à saint Louis émanaient réellement du grand khan. Trompé par le tableau qu'on lui fit des bonnes dispositions de Gouyouk pour le christianisme, le roi lui envoya une « chapelle » d'écarlate, ornée de la représentation des principaux mystères du christianisme et chargea deux dominicains de la lui porter 2. Ce fut Tannée suivante que cette ambassade parvint à Karakorum : le grand Khan venait de mourir. La régente Ogoul-Qaïmisch reçut bien les ambassadeurs, mais elle prit le cadeau de saint Louis pour un tribut et lui répondit par une lettre hautaine dans laquelle elle le menaçait de le mettre « à Fépée » s'il ne faisait sa soumission. Les ambassadeurs ne revinrent à Saint- Jean d'Acre qu'en 1251 ^.
Peut-être est-ce à la suite de cette invitation que saint Louis se décida à attaquer l'Egypte. Le 15 mai 1249, sa flotte quitta Limassol et fut rejointe par le
4. CoNTiN. GuiLL. DE Tyr, XXXIV, 1. JoiNviLLE, 29 (p. 46-47). — Mss. de Rolhelin, 42.
2. JoixviLLE, 29 (p. 47-48). — GuiLL. DE Nangis, Rec. Hist.Fr., XX, 358.