‹ L'Église et l'Orient au Moyen ÂgeChapitre 167 sur 268 · Gauun, p · texte numérisé non relu

Gauun, p

duc de Bourgogne, le prince de Morée et le comte de Salisbury. Une tempête dispersa les navires, mais avant même d'avoir réuni tous les siens, saint Louis fit jeter Tancre devant la bouche de Damiette, défendue par une flotte sarrasine. Les chevaliers montèrent dans des barques et s'avancèrent malgré les flèches et les pierres des Sarrasins ; le roi s'élança dans la mer tout armé au cri de : Montjoie Saint-Denis ! et parvint à débarquer avec toutes ses troupes, pendant que la flotte musulmane s'enfuyait vers le Haut Nil. La garnison de Damiette fut prise de panique : deux jours après, le 7 juin 1249, les croisés entraient dans la ville et comme en 1219, le légat pontifical convertissait la Grande Mosquée en église ' . Avant de continuer l'expédition, on résolut d'attendre la fin de la crue du Nil et l'arrivée du comte de Poitiers.

L'hiver que l'on passa à Damiette fut nuisible à la discipline de l'armée, qui n'obéissait guère au roi. L'arrivée des Templiers et des Hospitaliers, puis d'Alfonse de Poitiers porta l'armée à 20.000 chevaliers et 40.000 piétons. Enfin, pendant que la flotte remontait le Nil, on prit le chemin de Babylone. Le 19 décembre, après quelques escarmouches, les croisés arrivèrent devant le canal d'Aschmoun qui les séparait de la Mansourah où était retranchée toute l'armée du Soudan. On essaya pour le franchir de construire une digue, mais le courant emportait les matériaux et les Sarrasins couvraient les travailleurs de feu grégeois ; en revanche des partis de musulmans avaient réussi à passer sur l'autre rive et venaient attaquer les croisés par derrière. Enfin moyennant 500 béants d'or, un Arabe indiqua un gué qui se trouvait à quatre milles

1. Guillaume de Nangis, Rec. Hist. de Fr., XX, 370-372. — Joinville, p. 82- 5S. CoNTiN. GuiLL. DE Tyh, XXXIV, 1. — Gcstes des Chiprois, p. 147-148; Mss. de Rothelin, 43,59-()l {.Hist. occ. Cro/s., II, 589-593).

du camp. Toute l'armée s'y dirigea. Le comte Robert d'Artois passa le premier avec l'avant-garde et, bien qu'il eût donné sa parole d'attendre le gros de l'armée, il se mit, malgré les avis des grands maîtres du Temple et de l'Hospital, à poursuivre les Sarrasins; en peu de temps le camp ennemi fut enlevé, l'émir fut tué et toute son armée se sauva vers la Mansourah. Le grand maître du Temple et Guillaume de Salisbury tentèrent encore une fois de contenir la fougue de Robert d'Artois : il n'écouta rien et, séparé par plus d'une lieue de l'armée chrétienne qui commençait à passer le canal, il s'élança dans les rues de la ville. Les musulmans ne tardèrent pas à s'apercevoir du petit nombre de chrétiens qui les suivait : un mamlouk destiné à une grande fortune, Bibars l'Arbalétrier, rallia les fuyards et dispersa les chrétiens dans les rues étroites où ils furent accablés par les projec-,^ tiles qu'on lançait sur eux des maisons*. ^

Pendant ce temps saint Louis avait passé le canal ; entouré de Sarrasins, il avait ordonné la retraite lorsqu'il apprit que son frère était en danger à la Man-' sourah. Une grande confusion se produisit à cette nouvelle : sans attendre les ordres du roi, les uns s'élancèrent vers la ville tandis que d'autres couraient au canal et se noyaient en voulant le repasser. A la Mansourah, après un combat acharné qui dura de 10 heures du matin à 3 heures du soir, le comte d'Artois, le comte de Salisbury, Robert de Coucy étaient tombés percés de coups ; seul le grand maître du Temple avait pu se sauver après avoir vu mourir deux cents de ses chevaliers. Les chrétiens réussirent cependant à rester maîtres du camp sarrasin, mais le nouveau Soudan Touran-Schrli parvint à intercepter les communica-

i. JoiNViLLE, p. 65-75. — MiciiAiD, Bit. (Ics Crois., IV, 457-459. Guill. DE Nangis, Rec. Hist. Fr., XX, 374-378; Mss. de Rothelin, 62 (p. 694).

lions de saint Louis avec Damiette et la famine se mit bientôt dans le camp chrétien. Le 5 avril, au moment où saint Louis ordonnait l'embarquement de ses troupes pour retourner à Damiette, les Sarrasins attaquèrent le camp. Saint Louis ne voulut s'embarquer que le dernier; il parvint au bourg de Minieh avec Gaucher de Châtillon et l'arrière-garde, mais là Témir Djemal-ed-Din s'empara de lui et le fit charger de chaînes. Charles d'Anjou et Alfonse de Poitiers furent pris également avec l'oriflamme et tous les bagages. La plupart des chevaliers furent faits prisonniers ^ .

Saint Louis et ses frères furent conduits à la Mansourah, pendant qu'un grand nombre de prisonniers étaient massacrés par ordre du soudan. Puis des négociations s'ouvrirent et le traité conclu allait être exécuté quand le 2 mai 1250 Touran-Schah périt victime d'une conspiration de ces mamlouks kharizmiens qui étaient venus se mettre en foule au service de TEgypte ^. Avec lui disparaissait la dynastie ayoubite fondée par Saladin : l'Egypte allait rester jusqu'au xix® siècle une possession de la milice des Mamlouks. Bibars TArbalétrier était un des chefs de la révolte et avait déchargé le premier coup de sabre sur la tête du soudan. Au milieu du tumulte qui suivit cette révolution la vie du roi et des prisonniers fut un instant en danger, puis les émirs se rendirent dans sa tente et le pressèrent d'accomplir le traité conclu avec le soudan. Saint Louis s'engagea à évacuer Damiette et à payer un million de besants d'or pour la liberté de tous les prisonniers chrétiens qui se trouvaient en Egypte^.

Le 13 mai 1250, saint Louis débarqua à Saint-Jean d'Acre avec les débris de son armée; il avait le secret

i. JoiNviLLE, p. 102-i09. — MiciiALD, Bîb. dcs Cvois., IV, 460-466.

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