G. Paris et Delaborde, art. cit. — Joinville, p
gardes à Douvres et dans tous les ports pour empêcher ses sujets de s'embarquer pour la Palestine. Le seul mouvement excité en Europe par la nouvelle de la défaite de saint Louis fut la révolte confuse des Pastoureaux qui, sous un chef mystérieux, le maître de Hongrie, annoncèrent l'intention d'aller au secours de saint Louis et commirent tant de déprédations que les populations se soulevèrent sur leur passage et les massacrèrent. Tout espoir d'organiser une nouvelle croisade semblait perdu : saint Louis resta quatre ans en Palestine, négociant avec les émirs égyptiens pour obtenir la délivrance des captifs, accomplissant avec une émotion touchante les pèlerinages de Nazareth, du Mont Thabor et de Cana, mettant en état de défense les dernières places fortes du royaume, Saint- Jean d'Acre, Césarée, Jaffa, Sidon. En même temps il négociait avec les Assassins du Vieux de la Montagne ^, essayait sans succès de former une alliance avec les Mamlouks d'Egypte contre le sultan de Damas et, en 1252, envoyaiten ambassade auprès du grand khan de Tartarie le franciscain Guillaume de Rubruquis^. Enfin en 1254, une lettre lui annonça la mort de Blanche de Castille et il du se décider à revenir en France ^. Entreprise sans forces suffisantes et avec une armée peu disciplinée, la croisade de saint Louis était vouée à un échec. Son séjour en Palestine du moins ne fut pas inutile et l'activité qu'il déploya pour sa défense ne contribua pas peu à relever en Orient le prestige de la royauté française.
1. Les Assassins formaient dans le Liban une secte musulmane très fanatique. Leur chef ou « Vieux de la Montagne » soumettait ses adhérents à un entraînement dans lequel les boissons ferni entées comme le « hachich » jouaient un grand rôle; il s'en servait ensuite pour exécuter les sentences de mort qu'il avait prononcées contre les souverain chrétiens ou musulmans.
2. JoiNviLLE, p. 184, 198. - Geoffroi DE Beaulieu, Rec. Ilist. Fr., XX, i6 — GuiLL. DE Nangis, Rcc. Hïst. Fr., XX, 384. — Contin. Gdill. de Tyb. — Mss,de Rolhelin, 44 {Hist. occ. Crois., II, p. 569).
3. GuiLL. DE Nangis, Rec. Hist. Fr., XX (386-389). — Joinville, p. 216-^0.
228 PERTE DE CONSTANTINOPLE ET DE LA TEUilE SAINTE.
§ 3. — Les conquêtes de Bibars et l'alliance mongole.
L'état dans lequel saint Louis laissait les principautés chrétiennes de Syrie n'en était pas moins fort précaire : privées désormais des secours occidentaux, elles ne durent de subsister encore près d'un demisiècle qu'aux fluctuations de la politique musulmane et à la lutte qui divisa d'abord le sultan de Damas et les Mamlouks d'Egypte, plus tard les Mongols et les Sarrasins. Entourés d'ennemis, les chrétiens d'Orient n'arrivaient même pas à renoncer à leurs discordes. En 1257 Henri I*', roi de Chypre et de Jérusalem, étant mort, sa veuve la reine Plaisance réclama la régence au nom de son fils mineur, Hugue II. Appuyée par Bohémond VI prince d'Antioche, elle fit reconnaître ses droits, mais tandis que les barons, les Templiers, les Teutoniques, les Vénitiens, les Pisans lui rendaient hommage, les Hospitaliers, les Génois et les Catalans ne voulaient obéir qu'à Conradin, petit-fils de Frédéric II, qu'ils considéraient comme le roi légitime ^
Les deux partis eurent bientôt une occasion de luttes. Les Vénitiens et les Génois se disputaient la possession d'un château et d'une église de Saint-Jean d'Acre. Les Génois coulèrent des navires de Venise et s'emparèrent d'une tour appartenant aux Pisans. Bientôt une flotte vénitienne parut devant Acre et brisa les chaînes qui fermaient l'entrée du port ; trente-deux navires génois ainsi que le château en litige furent incendiés ; les Génois furent mis en fuite et poursuivis jusqu'à Tyr; Acre était traitée en ville conquise, tandis que des batailles rangées avaient lieu entre Hospitaliers et Templiers. Vingt mille hommes périrent dans cette lutte et
1. CoNTiN. Glill.de Tyr, XXXIV, 3 4. — M$s. de Rothelin^ 79 {Ilist. occ. Crois., II, 633).