CONQUÊTES DE BJBARS ET ALLIANCE MONGOLE
bre 1260). En récompense de sa victoire il demanda au Soudan le gouvernement d'Alep : Kotouz commit la faute de le lui refuser. Bibars furieux organisa un complot; le Soudan fut assassiné (24 octobre 1260) et Bibars proclamé à sa place. Une nouvelle armée envoyée par Houlagou fut battue à Hims (10 décembre) et Bibars n'eut plus rien à craindre de la puissance mongole : c'était à lui que revenaient les états chrétiens ^ . On a déjà vu quel rôle important avait joué ce personnage dans les événements de l'histoire orientale : parti de rien, il dut, à sa taille gigantesque, à sa force physique, à son audace et aussi à son énergie la fortune extraordinaire qui fit de lui un successeur de Saladin. 11 était d'origine mongole, né dans le Kiptchak, et plus tard il conserva, même en Egypte, le goût du koumiss ou lait fermenté. Vendu comme esclave à Damas et surnommé Bibars (la Panthère), il fut revendu à un mamlouk dont il prit le nom, Bondokbar (l'Arbalétrier), et qui l'emmena en Egypte où il s'éleva des rangs inférieurs jusqu'au pouvoir suprême Devenu ainsi le maître, son premier soin fut de prévenir une attaque de l'Egypte en faisant raser la ville de Damiette, qu'il rebâtit loin delà mer, et obstruer le lit du Nil p ir d'énormes troncs d'arbres. Il était à la fois cruel et vindicatif, n'hésitant pas à faire périr par petits groupes 280 émirs soupçonnés de complot. D'une grande activité, il parcourait ses états incognito afin de tout voir par lui-même, et alors malheur à qui le reconnaissait; il fit tuer des malheureux qui avaient commis le crime de se prosterner en le voyant. Enfin musulman convaincu, il se montrait rigoureiy^ observateur du Coran, n'avait que les quatre épouses légitimes permises par la loi et défendait l'usage du vin sous les peines les plus graves. Il se rendait bien compte de la
1. Bib. des Crois., IV, 479-80 — Rôiiricut, A7-ch. Or. îat., II, 366 et suiv.
faiblesse des états chrétiens et à peine maître de l'Egypte, il commença à les attaquer'.
Ce fut d'al)ord le tour du prince d'Antioche qui avait accepté la suzeraineté des Tartares : en novembre 126 J il partit d'Alep et ravagea le territoire de la principauté. L'année suivante, la flotte de Bohémond étail incendiée dans le port de Séleucio. Dès lors chaque année fut marquée par une nouvelle incursion 2. En; 1263, Bibars détruisit l'église de Nazareth et vint donner un assaut à Saint-Jean d'Acre ; les Génois avaient eu l'audace de lui promettre leur aide, mais ils n'osèrent remplir leurs engagements. Les chrétiens ayant fait appel à Hayton et aux Mongols, Bibars se vengea en prenant la ville de Césarée, en 1265, et en démolissant de fond en comble les fortifications élevées par saint Louis. Arsouf en 1265, le château de Saphed en 1266 subirent le même sert tandis que leurs garnisons, malgré les capitulations accordées par le Soudan, étaient massacrées. Hayton essayait de faire une guerre commerciale aux Egyptiens en les empêchant de se procurer en Cilicie le bois, le fer, les animaux et les produits qui leur étaient nécessaires : l'émir de Hamah envahit la Petite-Arménie, fit prisonnier le prince Léon, fils du roi, et ramena de son expédition un troupeau de captifs et un butin immense : la puissance arménienne fut brisée pour longtemps ^. En 1267, les habitants des environs de Tyr furent forcés de paye^ 15.000 pièces d'or comme prix du sang, pour le massacre d'un mamlouk^. En 1268 la ville de Jaffa succomba après un siège de douze heures (7 mars). Bibars marcha ensuite vers le nord et parut à l'improviste devant Antioche; après trois jours de négociations^