LA POLITIQUE ORIENTALE DE CHARLES D'ANJOU
ainsi l'avenir des prétentions de Charles d'Anjou*. De môme du côté de l'empire latin, Charles revendiquait la succession de Manl'red : le 16 janvier 1267, il nommait un capitaine-général de l'île de Corfou conquise sur le despote d'Epire par son prédécesseur. Contre Michel Paléologue il promettait des secours au prince Guillaume d'Achaïe. Enfin le 27 mai 1267, Baudouin II qui avait été l'allié de Manfred conclut avec Charles le traité de Viterbe par lequel il lui livrait en quelque sorte la Romanic : le roi de Sicile s'engageait à fournir 2.000 chevaliers pour la conquérir et, en échange, Baudouin lui cédait le tiers de ses conquêtes et en plus la suzeraineté sur l'Achaïe, l'Epire et toutes les îles de l'Archipel à l'exception de quatre. Au cas où Baudouin et son fils Philippe mourraient sans enfants, Charles deviendrait l'héritier de Constantinople. Pour sceller le traité une fille de Charles épousait Philippe de Courtenai ^.
Ainsi Charles d'Anjou préparait par une action diplomatique l'établissement de sa domination en Orient quand la nouvelle des conquêtes de Bibars vint jeter l'alarme en Europe et réveiller l'idée de la croisade. Dès 1266, Clément IV envoya à saint Louis et aux barons de France des lettres pour les exhorter à prendre la croix. Le 24 mars 1267, saint Louis réunit à Paris un parlement de barons et sans les avoir prévenus de ses intentions, les engagea brusquement à prendre la croix. Saint Louis, ses trois fils et un
rand nombre de barons la reçurent des mains du légat pontifical. Le roi décida encore Thibaud de Champagne roi de Navarre, Robert d'Artois, etc.. à suivre cet exemple. Aux fêtes de la chevalerie du
1. As-tisps de Jrrusalem, II, p. 4t6 et suiv. — Contin. Guill. deTyr, Gestes des Chiprois, p. 187.
2. DucANGE, Hist. des Emper. lat., p. 465-6G. — W. Norden, p. 442-443.
prince Philippe, le cardinal de Sainte-Cécile prêcha de nouveau la croisade et obtint de nouvelles adhésions ^ Le mouvement se répandit dans toute la France et Humbert de Romans, frère prêcheur et conseiller de saint Louis, composa un manuel destiné aux prédicateurs de la croisade où étaient réunis tous les arguments susceptibles d'exciter l'enthousiasme et les conseils pratiques nécessaires aux croisés ^. Le succès de cette prédication fut d'ailleurs minime. Le fidèle Joinville refusa avec obstination de prendre la croix et trouva que ceux qui louaient l'entreprise du roi commettaient un péché mortel ^. Lorsque Alfonse de Poitiers voulut lever l'aide pour la croisade dans ses domaines, des résistances se produisirent en Auvergne : les habitants de Riom et de Montferrand furent menacés par les agents du comte de perdre leurs coutumes et on dut transiger avec eux''. Saint Louis décida cependant le prince Edouard d'Angleterre à prendre la croix en lui promettant une avance de 30.000 marcs ^
Il y avait entre ces préparatifs de croisade et Ir politique de Charles d'Anjou une contradiction formelle. Pendant que Clément IV négociait avec Michel Paléologue une réconciliation religieuse qui eût été profitable aux intérêts de la Terre Sainte, Charles continuait à préparer son expédition contre Constantinople. Les circonstances parurent le favoriser : Clément IV mourut en 1268 et les cardinaux, parmi lesquels se trouvaient beaucoup de partisans de la maison d'Anjou, ne purent se mettre d'accord pour élire son successeur. La vacance du Saint-Siège dura
1. JoiNviLLE, p. 2G0 et suiv. GriLL. DE Nangis, Rec. Hist. Fr., XX, 438-440,