W. Nor.DEN, p. 520-536. — Mansi, XXIV, p
ÉCHEC DES PROJETS DE CHARLES D'ANJOU. 24t
linuo à porter la croix après leur retour de Tunis. En 1275, après le couronnement de la reine Marie de Brabant à la Sainte-Chapelle, le roi Philippe III, la reine, les ducs de Brabant et de Bourgogne, les frères du roi, beaucoup de prélats et de barons prirent la croix. La même année Grégoire X achevait son œuvre en amenant Charles d'Anjou et Michel Paléologue à conclure une trêve (1" mai 1275). Quelques jours avant sa mort le pape recevait une ambassade de l'empereur byzantin qui lui renouvelait l'expression de son zèle pour la Terre Sainte. A ce moment les principaux souverains de l'Europe, l'empereur, le roi de France, le roi de Sicile, le roi d'Angleterre, le roi d'Aragon avaient pris la croix. L'union politique et spirituelle de la chrétienté semblait accomplie, les rêves des Urbain II et des Innocent III paraissaient près de se réaliser. Malheureusement cet accord tout diplomatique masquait des causes de divisions trop profondes pour qu'il pût durer : aussitôt après la mort de Grégoire X elles éclatèrent.
§ 5, — L'échec des projets de Charles d'Anjou et la chute de Saint- Jean d'Acre.
La politique d'union futbientôt menacée par les résistances du clergé grec à la primauté romaine et par les nouvelles entreprises de Charles d'Anjou contre Constantinople. Trois papes dévoués au parti angevin, Innocent V, Adrien V et Jean XXI se succédèrent sur le trône pontifical en l'espace de quelques mois (1276- 1277). Ils eurent vis-à-vis de Michel Paléologue et des Grecs une attitude hostile qui contrastaft avec la bienveillance de Grégoire X. Au contraire, Jean Gaetani Orsini,élusous le nom de Nicolas III, cherchaà limiter la puissance de la maison d'Anjou, mais il ne put em-
pêcher ses progrès en Orient. En 1276, le roi de Jérusalem, Hugue III, outré de l'indiscipline des diverses factions qui se disputaient Finfluence à Saint-Jean d'Acre et dont il ne pouvait obtenir l'obéissance, se retira dans l'île de Chypre après avoir nommé Balian d'ibelin baile du royaume K Ce fut à cette époque, en 1277, que la prétendante, Marie d'Antioche, céda ses droits à Charles d'Anjou qui prit le titre de roi de Jérusalem^. Puis il nomma comme vicaire en Syrie Roger de Saint-Séverin qui débarqua à Acre avec six galères et réclama la reconnaissance des droits de son maître. Grâce à l'appui des Templiers et des Vénitiens il put arborer sur le château d'Acre le drapeau de Charles d'Anjou et forcer tous les liges de Terre Sainte à lui prêter serment^. En Grèce, à la mort de Guillaume II de Villehardouin, en 1278, Charles prit possession de la principauté d'Acliaïe au nom de sa bru Isabelle : les ducs d'Athènes, les terciers de Négrepont et le duc Sanudo de Naxos se déclarèrent ses vassaux''. A Constantinople l'union était dénoncée officiellement au pape Martin IV qui excommunia Michel Paléologue (1280)^. Charles d'Anjou ne trouvait plus devant lui aucun obstacle. Sa situation dans la chrétienté était alors prépondérante : par le royaume des Deux-Siciles et le titre de sénateur de Rome il était tout-puissant en Italie; en France il avait ses états héréditaires d'Anjou et de Provence; l'empereur Rodolphe lui avait cédé le royaume d'Arles; son petit-fils Charles Martel était l'héritier présomptif de la Hongrie; le sultan de Tunis lui payait tribut; il était maître d'une partie de la Romanie et
i. CONTIN. DE GUILL. DE TYR, XXXIV, 20-28.