De Mas-Latrie, p. 483- 48 i
et en Europe le pape Nicolas IV prêcha en vain la croisade : les princes prenaient la croix solennellement, levaient les décimes et ne partaient pas ou appliquaient leur vœu de croisade à quelque ennemi autre que les musulmans. En 1290 des chevaliers ayant pillé un bazar arabe à Saint-Jean d'Acre, Kelaoun rompit la trêve; il allait envahir le territoire d'Acre quand il mourut (octobre 1290), mais son fils Malek-Aschraf continua la guerre et repoussa toute proposition de paix*. Après avoir fait rassembler d'immenses provisions de bois pour construire des machines de siège, il parut le 5 avril 1291 devant Saint-Jean d'Acre et, dès le 11, commença à battre les murs de la place. Les forces des musulmans au siège d'Acre sont évaluées à 120.000 hommes ; les chrétiens avaient 25.000 hommes composés d'éléments disparates : d'abord les gens de la croisade, troupes soldées aux frais des rois de France et d'Angleterre, puis les ordres militaires, les chevaliers du royaume et les milices communales. Au nord, de la mer à la Tour Maudite, les murs étaient occupés par les Templiers et les Hospitaliers ; de la Tour Maudite à la mer du sud, les ouvrages de Saint-Nicolas, du Pont et du Légat avaient pour défenseurs Jean de Grailly capitaine des Français, Olhon de Granson capitaine des Anglais, les croisés et les milices. Enfin Amauri de Lusignan, régent du royaume, s'établit avec les chevaliers de Syrie et de Chypre dans un poste très dangereux, àla Tour du roi Henri, nouvellement construite en avant de la Tour Maudite, près de la barbacane du roi Hugue. Comme toujours le commandement en chef faisait défaut. La ville continuait à communiquer avec la mer et recevait librement ses provision's ; on put même évacuer les femmes et les vieillards sur l'île de Chypre.