B.UU Lit ter. de la France, XX YI
pliers.Déjà, en 1245, au concile de Lyon, on avait parlé de les fondre en un seul ordre qui eût été pour la conservation de la Palestine d'un puissant secours : au début du xiv^ siècle cette idée est devenue courante et on la trouve exprimée dans la plupart des mémoires relatifs à la Terre Sainte. Charles II songe à réunir en une seule « religion » les ordres Teutonique, de l'Hospital, du Temple, de Calatrava, de Roncevaux, des Prémontrés, etc.. dont le chef serait roi de Jérusalem. La même idée reparaît dans un projet qu'on croit pouvoir attribuer à Othon de Granson, un des derniers défenseurs de Saint-Jean d'Acre : il veut amener les princes séculiers qui ont des droits à la couronne de Jérusalem à les céder au chef d'une milice religieuse qui formerait la défense permanente de la Terre Sainte : ce personnage exercerait l'autorité souveraine non seulement sur ses chevaliers, mais sur les habitants du pays, les pèlerins et les croisés. Au contraire, comme il est naturel, Jacques de Molay se montre très opposé à la réunion des ordres militaires : on sait comment les conseillers de Philippe le Bel se chargèrent de donner à ce problème une solution tragique et inattendue.
Sur les routes que doivent suivre les futures croisades, il y a des divergences qui s'expliquent par les goûts, les rancunes et les intérêts particuliers des auteurs. Charles II croit que « passage général serait folie » ; Henri de Lusignan ne pense pas non plus qu'une croisade immédiate soit possible : tous deux attendent le succès du blocus de l'Egypte. Fidence de Padoue et Othon de Granson proposent le débarquement de la flotte chrétienne dans le golfe d'Alexandrette à proximité de la Petite-x\rménie qui fournira aux croisés les ravitaillements nécessaires : Othon de Granson déconseille l'escale à Chypre qui a été funeste à l'expédition de saint Louis. Hayton, neveu du roi d'Arménie et prieur
d'un couvent de prémontrés à Poitiers, dans le livre qu'il dicta en 1307 sur l'ordre du pape Clément V, conseille à la fois le passage par l'île de Chypre et le débarquement en Arménie dont il montre les avantages comme point de départ d'une invasion en Palestine. Au contraire Henri de Lusignan a très mauvaise opinion des Arméniens qui'se livrent au commerce avec l'Egypte et Jacques de Molay croit que l'île de Chypre doit être le quartier général de la croisade : c'est dans ses ports que se concentrera la flotte chrétienne ; elle en partira pour aller débarquer sur un point des côtes de Syrie qui doit être tenu secret. Guillaume Adam aussi bien dans le de modo Sarracenos extirpandi que dans le Directorium, attribué à tort jusqu'ici à un certain Brocard et qu'on vient de lui restituer \ est opposé au passage par mer : la vieille route de la vallée du Danube lui paraît la meilleure, mais pour éviter le retour des difficultés qui ont arrêté leurs prédécesseurs, les croisés commenceront par prendre Constantinople et rétablir l'empire latin qui sera le meilleur point d'appui pour la croisade. Cette théorie attardée apparaît comme isolée au milieu des autres.
Enfin dans presque tous les mémoires relatifs à la croisade, l'alliance avec les Mongols de Perse est représentée comme la condition indispensable du succès : Fidence de Padoue, Othon de Granson, Guillaume Adam, Sanudo sont d'accord sur ce point, mais les avantages de cette alliance sont surtout développés dans l'ouvrage d'Hayton qui a négocié personnellement avec les Mongols et connaît admirablement leur organisation militaire. Le nombre croissant des missionnaires et des négociants qui pénétraient dans l'Asie centrale et les relations qu'ils faisaient des égards dont