Voy. Bibliographie
ils étaient l'objet de la part des Mongols, d'autre part les ambassades envoyées par les princes mongols euxmêmes en Occident, justifiaient ce plan de coalition entre la chrétienté et les khans tartares. Cet espoir n'avait en somme rien de chimérique : les Mongols avaient déjà ruiné les États musulmans d'Asie centrale ; seule l'Egypte, grâce à l'immigration de leurs vieux ennemis les Kharizmiens, avait pu leur résister. Une double action des chrétiens et des Mongols eût rendu sa situation très critique et la réussite de la croisade certaine. Il y avait donc dans la plupart de ces plans de croisade un esprit tout pratique et des idées qui témoignaient chez leurs auteurs d'une véritable ouverture d'esprit et d'une connaissance réelle de la situation politique et économique de l'Orient. Jamais la chrétienté n'avait eu une conscience aussi claire de la place qu'elle tenait dans le monde ; jamais aucun moment n'avait paru plus favorable pour diriger contrôle monde musulman une attaque décisive. Pourtant la croisade projetée n'eut pas lieu et les plans d'expéditions qui vinrent s'amonceler dans les archives des princes ou des papes restèrent de pures spéculations : aucun des remèdes qu'ils indiquaient ne put recevoir d'application : le commerce avec l'Egypte ne cessa pas; le projet de réunion des ordres militaires échoua; l'alliance avec les Mongols ne produisit aucun résultat durable; enfin les princes qui prirent la croix ne songèrent jamais à donner à leur vœu même un commencement d'exécution.
§ 2. — Échec des tentatives de croisades.
Au lendemain de la prise de Saint-Jean d'Acre, Nicolas IV avait interdit d'une manière absolue le commerce entre la chrétienté et les pays musulmans
sa prohibition ne s'étendait pas seulement à la contrebande de guerre, armes, chevaux, fer, bois, esclaves, mais à toute espèce de marchandises. Non seulement les contrevenants devaient être excommuniés, mais le pape les déclarait infâmes à perpétuité, déchus de leurs droits civiques et civils, incapables de tester et d'hériter ^ Afin de rendre cette interdiction efficace, le pape songeait à constituer Tescadre de surveillance qui tient tant de place dans les préoccupations de cette époque. Après sa mort, en 1292, les cardinaux, fidèles exécuteurs de sa volonté, négocièrent avec deux nobles Génois, Manuele Zaccaria et Tedisio Doria qui s'engagèrent au service de l'Eglise pendant un an et, avec vingt galères, auxquelles s'en joignirent quinze du royaume de Chypre, allèrent faire une démonstration devant Alexandrie^. Plus tard, en 1308, le pape Clément V confia spécialement aux Hospitaliers la police de la Méditerranée orientale, et leur flotte aidée par les galères de Chypre commença à donner la chasse à tous les navires suspects ^. Mais il eût fallu pour obtenir quelques résultats, des forces plus importantes et une suite plus grande dans les opérations. De plus la prohibition du commerce avec l'Egypte blessait des intérêts si considérables qu'elle fut sans cesse violée ou atténuée. Les successeurs mêmes de Nicolas IV, Boniface VIll en 1295 et Benoît XI (1303- 1306), consentirent à restreindre la défense au matériel de guerre''. Sous l'influence des ouvrages de Sanudo et de Jacques de Molay, Clément V renouvela l'interdiction absolue (12 octobre 1308) ^ ; mais les états mêmes qui introduisaient officiellement cette, défense dans