Marius André, p
! 3. Marius André, p. 136-110.
s'écrie qu'il est prêt à prouver la vérité de la loi des chrétiens et la fausseté de celle des Sarrasins. La foule veut d'abord le lapider, puis on le conduit à l'iman d'une mosquée avec lequel il argumente ; le musulman lui ayant concédé que Dieu est parfaitement bon, Lulle en déduit toute la Trinité. Pour toute réponse son adversaire le fait jeter en prison et l'y laisse six mois, puis l'embarque sur un navire en partance pour Pise^ En 1314, il retourne encore à Bougie où il a laissé quelques néophytes, mais bien qu'il ait pris le costume arabe, il est reconnu, jugé et exécuté immédiatement. Il avait trouvé enfin le martyre qu'il désirait si ardemment'^.
D'ailleurs l'exemple de Raimond Lulle ne fut pas isolé au xiv^ siècle, mais il semble avoir eu à un plus haut degré que ses contemporains la conscience des résultats que pouvaient produire les missions. Déjà depuis le milieu du xiii* siècle les papes accordaient leur protection aux frères prêcheurs et mineurs qui allaient s'établir dans la Palestine redevenue musulmane ou dans les pays tartares. En 1253, à la demande de saint Louis qui prenait un grand intérêt à la conversion des infidèles, le pape Innocent IV avait formé la société des « Voyageurs pour le Christ » [peregrinantes pr opter Christum)^ , recrutée chez les franciscains et lôs dominicains, et leur avait conféré d'importants privilèges. Dans une lettre de 1257 Alexandre IV rendait témoignage au dévouement des frères mineurs de Palestine et leur accordait les mêmes faveurs spirituelles qu'aux croisés, après avoir constaté que plusieurs d'entre eux avaient déjà trouvé le martyre. En 1288, Nicolas IV correspondait avec les missionnaires de Tartarie par l'intermédiaire du moine nestorien Rabban Çauma, ambassadeur