Voy. chap. YHI
et celle de Chypre, avec Saint-Jean dAcre et Nicosie pour chefs-lieux. A la même époque, les dominicains avaient aussi une province de Terre Sainte qui comprenait, en 1277, les trois couvents de Nicosie, de Saint- Jean d'Acre et de Tripoli ^ Après la prise de Saint- Jean d'Acre les religieux restèrent en Palestine, mais un grand nombre subit le martyre et les survivants, réduits à une poignée, se trouvèrent dans la position la plus précaire, soumis aux perquisitions à main armée et aux mesures arbitraires, comme l'interdiction de l'usage du vin pour célébrer la messe. Quelques-uns cependant vinrent au Caire et obtinrent l'autorisation de visiter les prisonniers chrétiens. En 1309, le frère Roger Guérin, de la province d'Aquitaine, obtint une audience du Soudan et emporta l'autorisation pour les mineurs de s'établir définitivement en Palestine '^ Nommé en 1310 provincial de Terre Sainte et gardien du couvent de Sion, il reçut en 1316 du chapitre général, tenu à Naples, la mission de négocier avec le Soudan l'achat des Lieux Saints, où les franciscains n'étaient établis qu'en vertu d'une concession précaire. Le roi de Naples, Robert d'Anjou, et le roi de Majorque, Sanche d'Aragon, tous deux prétendants au trône de Jérusalem, s'engageaient à fournir la somme nécessaire. Ce fut seulement en 1328 que le Soudan céda après une longue résistance et que Roger Guérin put venir en Europe annoncer la conclusion du marché. A son retour à Jérusalem en 1333 il construisit les trois couvents du mont de Sion, du Saint-Sépulcre et de la grotte de Bethléem. L'autorité du gardien de Sion sur tous les couvents de Terre Sainte 'fut confirmée par un bref de Clément VI (21 décembre 1336). Bientôt des donations permirent à ces établissements
1. Balme, Rev. Or. lat., I, 526 et suiv. â. CivEzzA, ni (1), p. 119 et suiv.
de s'accroître : en 1336, la reine de Naples promit d'établir à ses frais douze Frères mineurs en Palestine et de faire partir chaque année un navire pour leur porter des provisions. En 1352, une dame de Florence consacra une somme importante à la construction sur la montagne de Sion d'une hôtellerie destinée à recevoir deux cents pèlerins ^ Enfin en 1362 les Frères mineurs achetèrent le terrain de la Dormition de la Sainte Yierge et la grotte de l'Agonie : une bulle préparée par Innocent VI et publiée par Urbain V leur permit d'y élever une église et un couvent : trois cents ouvriers furent envoyés d'Europe avec des matériaux pour travailler à ces constructions^. Ainsi fut rétabli en Terre Sainte un régime assez analogue à celui qui existait avant les croisades et un nouveau mouvement de pèlerinages d'un caractère exclusivement pacifique commença à cette époque.
Tout le reste de l'Asie était partagé au début du XIV® siècle, entre les divers souverains mongols qu'un lieu de vassalité assez lâche rattachait au grand khan, « Fils du Ciel », résidant à Kambalik (Pékin) : la Perse et l'Arménie étaient le domaine des successeurs d'Houlagou; la Russie, les pays de la Caspienne et de l'Oural formaient le Kiptcliak ou domaine de la Horde d'Or; la Transoxiane et le Turkestan chinois appartenaient aux Djagataïdes; enfin l'autorité du grand khan s'étendait sur la Mongolie, la Chine, le Thibet et le nord de l'Indo-Chine^. On connaît déjà les relations fréquentes qui s'établirent dans la deuxième moitié du xiii^ siècle, entre les souverains mongols de Perse et l'Occident. Les bonnes dispositions d'Argoun et de Cazan à l'égard des chrétiens étaient le résultat
i. CIVEZZA, in(l), p. 448.