LA CROISADE DE L'ARCHIPEL
Vénitiens devinrent les zélés partisans de la croisade : quand, en 1341, le roi Hugue IV et le grand-maître de Rhodes Helion de Villeneuve envoyèrent une ambassade en Occident pour demander des secours contre l'audace croissante des pirates turcs, ce fut à Venise que leurs demandes trouvèrent le meilleur accueil. Aussi lorsqu'on 1342 Pierre Roger archevêque de Rouen, un des prédicateurs de la croisade en 1333, fut élu pape sous le nom de Clément VI, ce fut d'abord vers l'Orient qu'il tourna ses regards et il entreprit de réorganiser la ligue maritime de 1334.
Malgré le caractère critique des circonstances les négociations furent loin d'être aisées ; on ne pouvait compter ni sur la France, ni sur l'Angleterre, alors en pleine lutte, ni sur Gênes en rivalité constante avec Venise. Bien que par ordre du pape la croisade eût été prêchée dans toute l'Europe, il n'y eut guère que des Italiens à s'en préoccuper. Tous les efforts du pape aboutirent à la formation d'une flotte de vingt galères qui se trouva réunie dans le port de Négrepont seulement au printemps de 1344. Clément VI avait fourni quatre galères commandées par le Génois Martin Zaccaria, ancien maître de Chio; le légat Henri, patriarche latin de Gonstantinople, était le chef nominal de la croisade. Le reste de la flotte se composait de six galères vénitiennes, quatre galères chypriotes et six galères appartenant aux Hospitaliers. La flotte fut grossie par des contingents de Négrepont et des Cyclades^ Après avoir débarrassé les côtes de Grèce et les îles des pirates, elle parut brusquement devant Smyrne dont l'émir, Omourbeg, était absent. Les navires turcs furent brûlés dans le port, les croisés descendirent à terre, s'emparèrent de la ville et massa-