LA CROISADE DE L'ARCHIPEL
territoires conquis. Le pape et les cardinaux hésitèrent longtemps avant de souscrire à ses demandes. Clément VI accepta enfin, probablement faute de mieux, mais il exigea que le dauphin s'engageât au moins à rester trois ans en Orient avec cent hommes d'armes ^ Le 2(1 mai 1345 Humbert reçut le titre pompeux de « capitaine général du Saint-Siège apostolique et chef « de l'armée chrétienne contre les Turcs » et il vint à Avignon lecevoir des mains du pape la croix et l'étendard de l'Église 2.
Ce fut seulement le 31 août 1345 que le dauphin quitta Marseille et se rendit à Gênes pour traverser l'Italie jusqu'à Venise. Une grande effervescence régnait dans le nord de la péninsule et des troupes d'hommes du peuple, las d'attendre toujours le chef de la croisade, commençaient à s'embarquer pour l'Orient : ce fut peut-être à ce moment que se répandit la nouvelle extraordinaire d'une bataille livrée près de Smyrne et dans laquelle 200.000 chrétiens commandés par saint Jean-Baptiste en personne auraient mis en déroute 1.200.000 musulmans 3. Après s'être embarqué de nouveau à Venise, Humbert se dirigea vers l'île de Négrepont où il trouva la flotte chrétienne rassemblée. Dans l'intervalle Clément VI lui avait donné l'ordre de se rendre dans la mer Noire et de secourir la colonie génoise de Cafîa, assiégée par les Tartares de Crimée. Mais Humbert ne tarda pas à montrer la plus complète incapacité ; il laissa la flotte dans l'inaction et s'occupa d'intrigues diplomatiques, négociant avec la Compagnie catalane de l'Attique et cherchant à se faire céder, au grand profit de ses alliés les Vénitiens^ l'île de Chio,